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Full text of "Matériaux pour l'histoire des temps quaternaires"

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L'HISTOlRi: Di:S TEMPS QUATEHNAfRES 



IMl'IUMEiliE E. a\KrlNET. 



o 



MATICRI AUX 



iMi r II 



L'HlSTOIRi DES TEilPS OIIATIRMIRES 



Professeur de palconlolo^ic an Muséum d'histoire nalurelle 



PARIS 



I^lBKAIKIE F. SAVY 

7 7, i; 0 U L F. \ A R I) s M N T - 0 F. R M A I N 

1876 



MATÈUIAl \ 



I' 0 (• u 



LHISTOIRE DES TEMPS QIATEUNAIRES 



Depuis que les terrains quaternaires ont otlert des indices de 
l'existence de l'homme, ils ont ('té l'objet de recherches nom- 
breuses. Quelques-unes des personnes qui se livrent à ces recher- 
ches m'ont communiqué les produits de leurs découvertes. Ainsi 
MM. Perrot et OEhlert m'ont remis tous les échantillons qu'ils ont 
trouvés dans les importants gisements de la Mayenne. Grâce sur- 
tout à MM. Émile Martin, Reboux, Liégeard et Gustave Lecomle, 
j'ai pu former une collection des mammifères quaternaires de 
Paris. Pendant que M. Alphonse Milne Edwards a exploré dans 
l'Allier les couches miocènes où il a recueilli tant de restes 
d'oiseaux fossiles, il n'a pas négligé les riches dépôts quater- 
naires de ce département, et il a fait envoyer au Muséum une 
série considérable d'ossements. M. Hamy a bien voulu également 
donner au Muséum les produits des fouilles qu'il a exécutées à 
Sanlenay, dans la Bourgogne. Il m'a semblé qu'il pouvait être 
utile de faire connaître les matériaux que l'on m'a confiés et je 



FOSSILES OIATERNAIRES. 

commence par publier aujourd'hui les résultais des recherches 
i\ue MM. Perrol el OEIilert onl entreprises dans la Mayenne. 

Je m'attacherai surtout à l'élude des mammifères fossiles. Les 
origines des quadrupèdes contemporains de l'homme n'intéressent 
pas seulement les personnes qui s'occupent de l'époque quater- 
naire, mais aussi les paléontologistes qui cherchent à comprendre 
l'histoire des êtres des ancicMines péi-iodes géologiques; car la na- 
ture des temps passés se lie si étroitement avec la nature actuelle 
que sans doute les modes d'évolution des espèces depuis longtemps 
éteintes ont ressemblé aux modes d'évolution des êtres les plus ré- 
cents. Malheureusement nous n'avons encore que des notions très- 
imparfaites sur les origines des quadrupèdes actuels. Pour par- 
venir à les connaître, il faudra réunir un bien plus grand nombre 
de fossiles quaternaires qu'on n'en a recueilli jusqu'à ce jour, cl 
surtout il faudra les comparer avec les fossiles des époques plus 
anciennes. C'est en vain qu'on s'est adressé aux momies d'Egypte 
pour leur demander le secret des générations des êtres modernes ; 
les momies d'Égypte sont trop récentes. Gomme l'a montré l'excel- 
lent naturaliste Pictet, l'époque quaternaire est le commencement 
des âges actuels; nous devons nous reporter jusqu'à cette époque 
pour voir les espèces animales subir quelques modifications; 
encore ces modifications sont elles très-légères el ne représentent- 
elles le plus souvent que de simples variations de races. Pour 
trouver des ancêtres auxquels il y ait lieu de donner des noms 
d'espèces spéciaux, il est nécessaire de remonter jusqu'aux âges 
tertiaires. Si, d'une part, on réfléchit que les temps quaternaires 
ont été trop courts pour la formation de nouvelles espèces el 
que, d'autre part, on considère la multitude des couches de la terre 
où nous rencontrons des formes distinctes, on éprouve une gran- 
diose impression de l'antiquité de la vie sur notre planète. 



PnKLIMI>AIllF:>. 7 

Avant d'aborder dos études de détail, j'ai cherché h faire im ré- 
sumé do ce que nous savons do plus probable sur l'histoire des 
mammifères quaternaires ou actuels de nos pays. Je crois devoir 
donner ici ce résumé. 

Premières manifestations des typesde mammifères qualernaires. 
— Dans les animaux de l'éocène ou du commencement du mio- 
cène, nous apercevons des traits qui pourraient, selon l'expres- 
sion d'Agassiz, être appelés des traits prophétiques des types ré- 
cents : Y Aynphiajon et le Cijnodon ont certains caractères dos chiens; 
\e Plesiarctomj/s n'est pas éloigné des marmottes; le Pahi'otherium 
est parent de V Acerotherhim^ qui sans doute est un ancôlre des Fthi- 
noceros; lo Lophiodon est voisin des tapirs; \e Xiphodo?i^ le Dic/iodo/i, 
le Lophiomeryx, lo Ge/oc?/? annoncent les ruminants modernes. 

On a même trouvé des animaux qu'on a cru devoir ranger sous 
les^êmes noms de genre que les mammifères actuels de l'Europe : 

Vespertilïo. 

Rhinolophus. 

Canis? 

Erinaceus. 

Myoxiis. 

Sciurus ? 

Cependant la plupart des quadrupèdes éocènes et même beau- 
coup de ceux du miocène inférieur se rapprochent des espèces ré- 
centes par des traits tellement vagues et combinés d'une manière 
si différente que, pour établir leur parenté, il a fallu découvrir les 
formes intermédiaires de la seconde moitié des temps tertiaires ; en 
outre quelques-uns d'entre eux ont dû s'éteindre sans avoir donné 
de postérité. 

Dans le milieu et surtout à la fin de l'époque miocène, les genres 
qualernaires ou actuels se sont multipliés. Outre ceux que je viens 
do citer dans les époques antérieures, on peut mentionner : 



KOSSII ES ni'ATEl!.NAllli;S. 



Hyœna. 

Felis. 

Miisteln. 

Mi/(/ale. 

Talpa. 

Hf/strix. 

Sus. 

Rhinocéros. 
Cervux. 

A côté de ces genres, il y a encore des formes archaïques, c'esl- 
ii-dire des formes qui sont restées confinées dans les temps passés 
comme le mastodonte, le Dinotherium^ le Chalkotherhim, XHellado- 
therium, V Ancylotheriiim,Q\.Q,.\ cependant, si les genres ou les espèces 
dilfèrent, ce n'est pins en général parce qu'ils appartiennent à des 
types inconnus dans la nature actuelle, c'est plutôt parce qu'ils 
ont des caractères qu'on peut appeler des caractères mixtes; un 
même être réunit en lui des particularités aujourd'hui répai'ties 
entre des êtres différents; ainsi déjà à l'époque miocène, les formes 
actuelles existent pour la plupart, mais leur assemblage n'est pas 
exactement le même que de nos jours. 

Malgré leur tendance vers la faune de notre époque, les mammi- 
fères de la fin du miocène présentent des différences considérables 
avec les espèces quaternaires ou actuelles de nos pays : c'est avec 
les espèces des réglons tropicales qu'ils ont leurs affinités les plus 
étroites. Celte remarque prouve sans doute qu'en Europe des chan- 
gements physiques et notamment un abaissement de la tempéra- 
rature ont amené l'extinction locale ou l'émigration de plusieurs 
quadrupèdes pendant l'époque pliocène, au lieu que dans les pays 
chauds, ces animaux ont pu continuer à vivre. Si un jour, par suite 
de nouveaux changements physiques, les faunes d'Asie et d'Afrique 
venaient à envahir l'Europe, les futurs géologues découvriraient 



i'iii;L!Mi.N.\inES. '.) 

au-dessus de la couche quaternaire une couche dont les fossiles 
auraient ce qu'on nomme un faciès colonial, c'est-à-dire marque- 
raient un retour vers une faune plus ancienne. 

Pliocène de Montpellier. — Les caractères des animaux du plio- 
cène inférieur de Montpellier ont été surtout mis en lumière par 
M. Gervais. Ce savant naturaliste a reconnu parmi eux plusieurs 
genres de mammifères qui se sont continués dans nos contrées 
jusqu'à l'époque quaternaire ou même jusqu'aux temps actuels : 

Hyœnal 
F élis. 

Machœrodus. 

Lutra. 

Lagomys. 

Bhmoceros. 

Sus. 

Cerviis. 

A côté des types récents, M. Gervais cite des genres archaïques 
tels que le mastodonte, VHyœnarctos, etc. Bien que ces derniers de- 
viennent comparativement rares, la faune du pliocène inférieur est 
encore notablement différente de la faune quaternaire de notre 
pays; la présence de singes, de mastodontes à molaires mamelon- 
nées et de grandes antilopes annonce un climat chaud. La seule 
espèce de Montpellier qui ait été jusqu'à présent signalée dans le 
quaternaire du centre de l'Europe est le Rhinocéros leptorhinus^V). 

Pliocène de Perrier (2). — Lorsqu'on se rend de Montpellier à 
Yialelte, au Coupet ou à Perrier, on est frappé du contraste que ces 

(1) M. Forsyth Major, auquel on doit d'intéressantes études sur les mammifères fossiles, 
a signalé au Casino, en Toscane, une faune du même âge que celle de Montpellier; elli^ 
comprend le genre Hipparion. Le gisement d'Alcoy en Espagne et une partie du Crag 
paraissent être de la même époque. 

(2) Le mammiferous crag du Norfolk, les couches de Chillesford, si bien observées par 
M.Prestwich, et une partie des assises du Val d'Arno peuvent appartenir au même groupe. 



10 FOSSILES QL'ATi:il.\AIRE5. 

gisements présentent. Les singes ont disparu, les antilopes sont de- 
venues rares et ont diminué de taille, les cerfs se sont extrême- 
ment multipliés, les éléphants commencent. Ces différences sem- 
blent indiquer que les couches du Coupet et de Perrier sont un 
peu plus récentes que celles de Montpellier et qu'un changemeut 
de température a dû s'opérer entre les formations de ces couches. 

La masse imposante des dépôts glaciaires de la Suisse et leurs 
prolongements jusqu'aux environs de Lyon portent à supposer que 
ces dépôts ont représenté un laps de temps considérable, et, si on 
tient compte des observations que M. Bianconi et d'autres géologues 
ont faites récemment en bas du versaut méridional dos Alj)es (1), on 
peut penser que les glaciers avaient déjà pris une grande extension 
à l'époque pliocène. Les remarques de MM. Collomb et Marlins 
dans les Pyrénées, de MM. Julien, Marcou, Griiner dans le centre 
de la France confirment cette supposition; on a constaté en Au- 
vergne des indices de [)hénomènes glaciaires qui ont dû précéder 
la manifestation des phénomènes volcaniques; or, comme on 
le voit au Coupet, à Yialette et à Perrier, les animaux pliocènos 
ont laissé leurs ossements au milieu des débris volcaniques, ils 
semblent donc avoir vécu à l'époque de l'éruption des volcans et, 
par conséquent, ils sont postérieurs aux formations glaciaires. Les 
observations que les géologues anglais ont faites sur les couches 
du crag et notamment sur celles de Chillesford confirment l'idée 
(ju'un notable abaissement de température a eu lieu pendant 
l'époque pliocène. 

En même temps que les mammifères pliocènes indiquent un 
changement dans le climat de notre pays, ils se rapprochent 

(1) M. Desor a fait paraître en 1875 un mémoire intitulé: Le pca/sage morainiquc, son 
origine glaciaire et ses rapports avec les formulions pliocènes d'Italie. MM. Rûtinieyer et 
Henevier viennent aussi de publier de Irés-intéressantes recherches sur les terrains gla- 
ciaires de la Suisse. .M. Tardy croit que les glaciers remoulenl à une époque plus ancienne 
que l'époijue pliocène. 



PRLLIMIXAIRES. 



11 



beaucoup des formes quaternaires (1); sauf les mastodontes (-2), 
le tapir et une antilope (3), ils appartiennent à des genres qui ont 
été signalés dans le quaternaire de nos pays; quelques-uns même 
sont d'espèces tout à fait voisines. On en jugera par les citations 
suivantes : 

Canis qu'on ne risque plus de confondre avec les Amphicyon ou 
les Cynodon, mais qui se rapproche des C<7/î?> quaternaires ou ac- 
tuels. 

Felis issiodorensis^ pardinensis et arvernensis, qui semblent peu dif- 
férents du lion, de la panthère et du Jynx, trois espèces dont nos 
terrains quaternaires renferment les débris. 

Machœrodus cultridois. — Le Machœrodus latidens qui en est proclu; 
est cité dans le quaternaire d'Angleterre (/i). 

Hyœna arvernensis Irès-voisine de VHyœna striala^ et Hyœm 
Perrieri qui n'est pas éloignée de \ Hyœna crocuta. 

(1) M. Gervais a déjà fait remarquer que la faune de Perrier a plus de rapports avec la 
faune diluvienne que celle de Montpellier {Zoologie et Paléontologie françaises, 2"' édi- 
tion, p. 350; 1859). 

(2) Les Mastodon arvernensis et Borsonis se sont éteints avant répo({ue quaternaire; 
mais le Mastodon cjigantcus du quaternaire américain parait être la continuation du Mas- 
todon turicensis du miocène et du pliocène européens. 

^3) L'antilope du Coupct, qui a été appelée par M. Aymard Antilope tortirornis, se rap- 
proche, par ses cornes, du Palœoreas; par si;s molaires à fût plus élevé, plus com- 
primé, à colonnettcs iiiterlobaires nulles ou rudimenlaires, elle a une grande tendance 
vers les chèvres. M. Poniol a cité à Perrier une Antiloiie antiqua ; les pièces sur lesquelles 
celte indication repose, sont Trop incomplètes pour que je jiuisse savoir ce qu'était cet 
animal. 

(4) Je n'ai pas vu la grotte du Devonsliire où on a découvert des dents de Machœrodus, 
mais j'ai visité la grotte de Baume, dans le Jura, où des dents de Macliœrodus ont été 
recueillies. Ces pièces ne proviciment pas d'un animal qui a vécu dans la grotte ; elles 
sont dans une couche de cailloux très-roulés et stratifiés, qui ont été déposés par un fort 
courant d'eau. 11 me semble que cette formation n'a pu s'opérer qu'à une époque où le 
plancher de la grotte était au niveau de la vallée. Or, le vallon de Baume a été creusé par 
des eaux chargées d'acide carbonique qui ont dissous le calcaire jurassique ; comme la 
grotte est placée à une grande hauteur, la dissolution des assises qui sont placées entre 
son plancher et le niveau actuel du fond du vallon, a dù exiger un temps considérable, et 
par conséquent je serais porté à croire que l'enfouissement des dents de Machœrodus doit 
remonter à une époque plus ancienne que celle du drift de nos vallées. 



[•2 FOSSILKS QVATHR.NAiriK^. 

Luira Bravardi. — D'après ce qu'on en connaît, elle s'écarle très- 
peu de la Lidra vulgaris, espèce quaternaire et actuelle. 

Hystrix refossa qui peut êlre parent du grand Hystrix signalé par 
M. Gervais à l'île Ralonneau. 

Castor issiodorensis; il paraît voisin du Castor fibçr (quaternaire et 
actuel). 

Lepus Lacosti, sans doute proche parent du lapin. 

Elephas antiquus. — Dans une collection de fossiles du Coupet 
que M. Bertrand de Lom a cédée au Muséum, il y avait côté d'une 
dent de Mastodon arvernensis et d'une corne d'Antilope torticornis un 
fragment de molaire d'éléphant à lames aussi serrées que dans 
V Elephas antiquus du quaternaire. M. Bertrand de Lom m'a dit 
qu'il n'y avait pas de doutes sur le gisement de celte pièce. 

Equus Stenonis. — Le Muséum de Paris possède des molaires 
supérieures et des canons de l'équidé du Coupet. Ces pièces con- 
firment l'opinion que ce n'est pas un Hipparion, mais un véritable 
Equus. 

Sus arvernensis qu'on n'a pas encore nettement distingué du Sus 
scropha. 

Tandis que les quadrupèdes de Sansan, de Pikermi, du Lébcron 
ont eu des analogies avec ceux de l'Afrique actuelle, la faune 
pliocène de l'Auvergne semble avoir eu des rapports avec les 
launes de l'Inde, soit parce que les animaux dont elle est com- 
posée sont venus de l'Inde, soit parce qu'ils y ont émigré lors- 
que la température s'est abaissée dans notre pays. En elTet les 
cerfs qui sont les plus nombreux à Perrier sont du groupe des 
Rusa ou des Axis de l'Inde ; les tapirs se rencontrent encore au- 
jourd'hui dans la presqu'île de Malacca. Les chevaux et les 
éléphants dont les restes fossiles abondent dans le pliocène et le 
quaternaire d'Europe ont pu provenir des monts Séwalik, puisqu'ils 
y ont vécu plus tôt; on doit en outre remarquer qu'on n'a pas 
encore trouvé dans le miocène supérieur de nos contrées des 



PUiaiMlNAiriES. IJ 

animaux fossiles aussi rapprochés du genre cheval que Y Hîpparion 
antelopimim et aussi rapprochés du genre éléphant que les mas- 
todontes de l'Inde. Peut-être les grands hippopotames sont égale- 
ment venus de l'Asie, car c'est dans celte contrée qu'on en connaît 
les plus anciens spécimens. Il ressort de là que les formes de 
plusieurs de nos animaux quaternaires ou actuels peuvent ne pas 
résulter de changements accomplis dans nos pays, mais provenir 
de l'immigration d'animaux étrangers ; les déplacements des êtres 
ont dû jouer un rôle important dans l'histoire des diverses 
époques géologiques. 

Age du foresL-bed. — La faune type de cet âge (autrefois appelé 
pleistocène) a été étudiée dans le Norfolk. Peut-être on peut lui 
rapporter la faune de Saint-Prest (Eure-et-Loir) (1). Il n'est pas 
douteux que la faune du forest-bed ait de grands rapports avec 
celle du pliocène de l'Auvergne, car, sauf l'animal décrit sous le 
nom de Trogontherium ou de Conodontes ("2), tous les mammifères 
du forest-bed et de Saint-Prest appartiennent à des genres qui 
existaient déjà dans nos pays à l'époque antérieure ; en outre plu- 
sieurs espèces sont les mêmes : 

Ursus arvernensis. 
Elephas meridionalis. 
Elephas antiqmis. 
Rhinocéros leptorlwms. 
Ilippopotanms major. 

Les nuances par lesquelles le cheval de Saint-Prest et du forest- 
bed diffère de YEquus Stenonis sont si faibles, qu'on sera sans doute 
bien disposé à admettre qu'il en est le descendant direct. 

(1) Des découvertes récentes de M. Paul de Rouville tendraient à faire croire que la faune 
de St-Martial, dans l'Hérault, est un peu plus ancienne. 

(2) Si cet animal n'est pas du genre castor, il faut admettre tout au moins qu'il en est 
bien voisin. 



14 FOSSILES QUATKnNAIIîES. 

D'autre part, la faune du forest-bed comprend plusieurs espèces 
qui sont citées comme quaternaires dans nos pays : 

Talpa europœa. 

Castor fiber. 

Arvicola amphibius. 

Elephas antiquus et jmmigenius. 

BJdnoceros leptorhinus . 

Cervus elaphus. 

Bos taurus (race appelée Bos primigenhis). 

On peut en outre noter que V Hippopotamus major signalé dans le 
forest-bed est un animal très- voisin de V Hippopotamus amphibius. 

La ressemblance de la faune de Saint-Prest et du forest-bed avec 
celles des dépôts quaternaires a engagé MM. Gervais et lîoyd 
Dawkins à la ranger dans la même grande période géologique. Il 
y a, en effet, autant de raisons pour classer le forest-bed dans le 
quaternaire inférieur que pour le placer dans le tertiaire : il nionlrc 
le passage de la nature ancienne à la nature actuelle. 

La faune du forest-bed et celle de Saint-Prest semblent s'être 
développées dans des régions où les actions glaciaires se faisaient 
peu sentir. En Suisse, à Dùrnten, des lignites où on a trouvé YEle- 
plias antiquus et le Rhinocéros leptorhinus sont intercalés entre des 
dépôts glaciaires. Il est possible que ces lignites aient été formés à 
l'époque du forest-bed et indiquent une pbase pendant laquelle un 
peu de chaleur a été rendue momentanément à la plaine suisse (1). 

Age du boulder-clay. — La formation du forest-bed a été suivie 
par celle du boulder-clay, qu'on regarde comme ayant été opérée 
par des glaces flottantes. J'ai visité, sous la direction de M. Gunn, 
la côte du Norfolk; ce savant géologue m'a fait voir, au-dessus du 

(1) Lage de ces lignites est encore douteux. M. de Mortillet les croit plus récents que 
l'époque du forest-bed ; il n'admet pas que l'extension des glaciers ait été contemporaine 
des dépôts pliocèncs de l'Italie septentrionale. 



PRKLrMINAIRKS. ! .') 

forest-bed, les laminatcd beds; au-dessus des laminated beds, le 
tillou bouldcr-clay inférieur; puis au-dessus du till, les stralilied 
clays witli sand and gravel, et enfin l'upper boulder-clay. La forma- 
lion de ces couches puissantes indique une époque d'une très- 
grande durée. Cependant on ignore encore les caractères qui per- 
mettent de distinguer les mammifères qui ont vécu alors; les 
laminated beds ont fourni des restes do narvals et de morses, ani- 
maux marins propres aujourd'hui aux régions froides; on y a dé- 
couvert une dent iïElephas antiqmis ; mais, comme elle est roulée, 
sa provenance à excité quelque doute; la seule pièce authentique 
d'animal terrestre que ]M. Giinn ait citée, est une dent (VElephas 
primigenias du boulder-clay supérieur. Durant l'époque du boulder- 
clay, la Suisse a dû être couverte de masses immenses de glaces; 
lorsque la Société géologique de France s'est réunie à Genève, 
MM. Favre, Desor, Soret, de Saussure, de Loriol, etc. nous ont 
montré de gros blocs erratiques au sommet du Salève ; il paraît 
que, dans le Jura, on en a trouvé à une hauteur encore plus 
grande; la présence de blocs erratiques sur le Salève indique qu'il 
y avait plus de huit cents mètres de glace au-dessus du niveau 
actuel du lac de Genève : le silence de la mort a dû longtemps ré- 
gner dans les plaines de la Suisse aujourd'hui si florissantes. Assuré- 
ment une des révélations les plus curieuses de la géologie moderne 
est la constatation de cette suspension de la vie au cœur de l'Europe 
ù une époque relativement peu éloignée des temps actuels. Mais, 
sur les points que la glace ne recouvrait pas, les grands enchaîne- 
ments du monde organique ont dû se continuer. Que s'est-il passé 
alors dans notre pays? Quels êtres ont vécu? Nous n'avons encore 
à cet égard que d'assez vagues idées; nous pouvons dire seule- 
ment qu'il est probable qu'une portion des drift ou diluvium des 
plateaux de la Picardie et de la Normandie représente l'époque du 
boulder-clay. Les travaux actuels tendent à faire penser que les 
diverses formations géologiques ont été bien moins universelle- 



meut répandues qu'on ne l'avait cru d'abord; mais de toutes les 
lormations géologiques, les plus locales ont du elre les formations 
glaciaires, car quelques lieues de distance pouvaient amener des 
différences considérables dans les conditions physiques, dans les 
faunes et les flores. Il est donc naturel que l'étude des époques 
glaciaires soit une étude complexe qui offre des difficultés aux 
géologues. 

Age du diluvium des vallées. — MM. Preslwich, Lyell et d'autres 
savants anglais ont montré que sur la côte du Norfolk à Mun- 
desley, dans la vallée de l'Ouse près de Bedfjrt, et à Hoxne en 
Suffolk, les dépôts de rivière, les drift ou diluvium avec silex taillés 
et ossements d'éléphants reposent en stratification transgressive 
dans les dépressions du boulder-clay. Par conséquent, sur ces 
points, le diluvium semble constituer un étage distinct de celui du 
grand terrain glaciaire (boulder-clay). Aux environs de Lyon, les 
limons de Saint-Germain au Mont-d'Or, si bien étudiés par MM. Fai- 
san et Chantre, recouvrent les formations morainiques. Or la faune 
de ces limons qui comprend V Elephas primif/enhis^ le Rhinocéros 
(ichorhi/ius, le Cervus tamndus, VArctomijs primigenia, paraît être 
contemporaine de la faune du diluvium. Par conséquent, il est 
probable qu'une partie du drift a été formée lorsque les glaciers 
avaient commencé à diminuer. 

Si on admettait que, pendant l'époque du diluvium, il y a eu un 
abaissement de la température et que les glaciers ont beaucoup 
fondu, on comprendrait pourquoi les fleuves ont atteint de si 
vastes proportions (1), pourquoi les prairies humides ont pu four- 
nir delà nourriture à une mnllitude de chevaux, de cerfs, de grands 

(1) Les observations de M. Prestwich et de M. Belgrand ne permettent plus de douter 
qu'à l'époque quaternaire les cours d'eau ont été plus puissants que de nos jours. Une 
note d'Edouard Colomb, insérée dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences 
(séance du "28 septembre 1868), montre bien quelles immenses masses d'eau ont dû résulter 
de la fusion des anciens glaciers. 



PRKLlMINAirtES. 17 

bœufs, et pourquoi on trouve, à côté d'animaux des régions froides, 
des quadrupèdes qui se plaisent surtout aujourd'hui dans les ré- 
gions chaudes ou tempérées, tels que les lions, les hyènes du Oap 
[Hyœna crocuta^ race spelœa) et l'hippopotame, dont on ne peut 
guère concevoir l'existence dans des pays où les rivières restent 
longtemps gelées. Bien que le renne se rencontre dans le diluvium, 
jusqu'à présent il ne semble pas y-^;tre fort commun. On y a décou- 
vert des dents de VElephas prisais, qui est bien voisin de VElephas 
africanm, et quelques molaires de mammouth qui s'éloignent du 
ly[»e de la Sibérie pour se rapprocher du type de l'éléphant de 
l'Inde. Enfin les figuiers trouvés à 3Ioret par M. Chouquet ex- 
cluent, suivant M. de Saporta, l'idée d'une formation dans un pays 
très-froid. 

Age du renne. — Il y a dans nos pays des dépôts quaternaires 
dans lesquels on n'observe presque plus de débris d'espèces 
éteintes, mais où l'on rencontre des espèces qui indiquent une 
distribution géographique très-différente de la distribution ac- 
tuelle; on cite comme exemples : 

Gulo liiscus. 
Canis lagopus ? 
Lemmus norvegicusl 
Cervus tarandus. 
Cervus a/ces. 
SaigOi tartarica. 
Ovibos moschatus. 

Bos taurus (race appelée Dos primigenitis) . 
Bos bison (Aurochs) (1). 

(1) Les oiseaux fournissent également des preuves de changements d'habitat; on a 
retrouvé dans nos pays les os fossiles de la grande chouette blanche (Nyctea nivea) et du 
Tétras blanc des saîulei (Tetrao albus) i[a\ habitent maintenant les contrées septentrionales. 
On pourra consulter, à cet égard, les travaux de M. Alphonse Milne Edwards. 

3 



18 FOSSILES QUATERNAIRES. 

Oiilro ces mammilères qui liabilont des contrées éloignées, il y 
avait dans nos plaines des espèces qui sont aujourd'hui fixées dans 
les montagnes. 

Cupra ibex. 
lii/picapra curopœa. 
A 1 ■c/omi/s mannoltu , 

Lartet a proposé d'appeler âge du renne cette époque qui a été 
caractérisée par des espèces et dos races semblables à celles qui 
existent actuellement, mais cantonnées autrement. Le renne a 
vécu bien longtemps avant l'époque à laquelle il donne son nom; 
ses (iébi'is se trouvent dans le diluvium de la vallée de la Seine et 
même on a prétendu qu'ils ont été rencontrés en Ecosse dans une 
couche pliocène. Néanmoins le nom d'âge du renne paraît bien 
choisi parce que le fait qui marque le mieux la différence de cet 
âge et de l'âge actuel est la présence des troupes de rennes qui 
se sont avancées jusqu'auprès des Pyrénées. En Angleterre, 
M. Boyd Dawlcins, auquel on doit de si importantes recherches 
sur la paléontologie quaternaire ne trouve pas l'âge du renne 
bien caractérisé. Mais en France, en Belgique, en Suisse, dans 
le Wurtemberg, plusieurs gisements révèlent certainement une 
époque qui a été intermédiaire entre celle du diluvium dans la- 
(|uelle les espèces ou les races maintenant éteintes existaient en- 
core et celle des cités lacustres où la plupart des quadrupèdes ont 
déjà pris les cantonnements qu'ils ont de nos jours; je mention- 
nerai comme exemples : en Franco, Bize, Lourdes, Gourdan, Bru- 
niquel et Excideuil ; en Suisse, Yeyrier; dans le Wurtemberg, 
Schussenricd ; en Belgique, les trous des Nu tons, de Chaleux et du 
Frontal. 

A la vérité, on a pu dire que des débris de mammouth ou d'au- 
tres animaux d'espèces éteintes ont été parfois trouvés dans des 
gisements qu'on rapporte à l'âge du renne. On a en outre (ait re- 



PnÉLIMlNAIRES. i'.» 

marquer que plusieurs gisements renferment à la fois une (»arlie 
des formes de l'âge du diluvium et une partie de celles de l'âge du 
renne. Cela peut faire penser qu'il y a eu une transition lente des 
circonstances dans lesquelles vivaient les animaux du diluvium aux 
circonstances dans lesquelles ont vécu ceux de l'âge du renne; 
mais cela n'empêche pas qu'à un moment donné il y ait eu une 
faune ayant une physionomie distincte qui mérite d'être inscrite 
sous un nom particulier. 

Je suis porté à admettre l'hypothèse que l'âge du renne coïncide 
avec un retour à une température froide. Cette hypothèse, si elle 
était confirmée, expliquerait pourquoi à l'âge du renne les ani- 
maux des régions froides sont devenus dominants, pourquoi les 
éléphants, les. hippopotames, les rhinocéros, les lions, les hyènes 
ont peu à peu disparu de nos contrées, pourquoi la taille des cerfs 
et des bœufs a diminué et enfin pourquoi les hommes semblent 
s'être réfugiés dans les cavernes plus souvent que pendant l'époque 
précédente. Riais il importe de noter que la diminution de la tem- 
pérature n'a pas dû se produire également partout. M. deSaporla, 
en se basant sur l'étude des plantes, a montré que le midi de la 
Franco, avant l'époque actuelle, avait des hivers moins froids que 
ceux d'à présent. 

Age des cités lacustres. — L'âge du renne fut suivi par l'époque 
des cités lacustres, des tourbières et des kjôkkenmoddings ; les 
mammifères prirent les cantonnements qu'il ont de nos jours. Le 
renne, le glouton, l'isatis, lelemming, le bœuf musqué retournè- 
rent vers le nord; la marmotte, le bouquetin, le chamois abandon- 
nèrent les plaines. Cependant l'émigration ne s'acheva que lente- 
ment; l'aurochs et le bœuf primitif quittèrent tardivement les 
pâturages de nos pays; l'élan persista quelque temps en Suisse; 
M. Rùtimeyer croit qu'une partie des os de sangliers exhumés 
des cités lacustres provient d'une race particulière qu'il a nommée 
Sus scropha palustris ; on trouve dans les tourbières de la Picardie et 



20 ANIMAUX QUATERNAmES. 

même en Belgique des castors et des Cistudo, animaux qui de nos 
jours ne se montrent plus au nord de la Seine. 

On peut résumer les remarques précédentes par le tableau sui- 
vant (I ) : 



Age (les cites la- 
custres (Suisse). 


Climat semblable au climat actuel. 


Les espèces actuelles ont à peu près 
ailojité les mOincs cantonnements 
que de nos jours. 


Age (lu renne 
(Scliussenriedj. 


Dans une partie de la France, en 
Rclgi(jue, en Suisse, retour mo- 
mentané à un climat froid. 


Faune actuelle de l'F.urope avec des 
cantonnements dilfércnts. Les es- 
pèces ou les races spéciales dos 
anciennes époques achèvent de 
s'éteindre. 


Age (lu diluvium 
(Paris-GrencUe). 


Climat moins froid qu'à répo(iue du 
Boulder-clay. Fonte d'ime partie 
des glaciers, extension des fleuves 
et des prairies. 


Les espèces actuelles coexistent avec 
des espèces ou des races qui sont 
éteintes aujourd'hui. 


Age (lu Bouldcr- 
clay (Cronier). 


Grande époque glaciaire en Suisse, 
en France, dans la Grande-Bre- 
tagne. 


Faune qu'on n'a pas encore pu dis- 
tinguer de la précédente et de la 
suivante. 


Age du Forest-bed 
(plcistocène). 


Climat tempéré. 


Les espèces quaternaires se multi- 
plient. Tous les genres archaïques 
ont disparu de la France (excepté le 
Trogonthcrium). 


Pliocène de Per- 
ricr, du Coupet, 
de Viaiettc. 


Époque glaciaire en Suisse; la tem- 
pérature s'abaisse en Angleterre 
et en France; glaciers en Auver- 
gne avant l'époque où ont été en- 
fouis les vertébrés de Perrier et 

du r'.niiTipt 


Sauf le Mastodonte et le Machaero- 
dus, on ne trouve aucun genre 
archaïque. Les formes quaternaires 
s'accentuent. 


Pliocène inférieur 
de Montpellier. 


Climat cbaud. 


Les genres archaïques tendent à dis- 
paraître. 


Miocène supérieur 
de Pikernii, 
d' Eppclsliciin , 
du Léberon. 


Climat cliaud. 


Les genres récents deviennent plus 
nombreux que les genres archaï- 
ques. 


Miocène moyen 
de Sansau. 


Climat chaud. 


A peu près autant de genres récents 
que de genres archaïques. 


Miocène inférieur 
de Ronzon. 


Climat chaud. 


Les genres récents se multiplient. 


Éocène supérieur 
de Montmartre. 


Climat très-chaud. 


Quelques tendances vers les formes 
récentes se révèlent au milieu 
d'une faime dont l'ensemble est 
archaïque. 



(1) Ce tableau doit êire lu de bas en haut. 



PRÉLIMINAIRES. '21 

Ce tableau me paraît l'expression la plus vraisemblable de l'en- 
semble des faits observés jusqu'à présent. Sera-t-il vrai demain? et 
aujourd'hui même satisfera-t-il tous les naturalistes? je suis bien 
loin de l'assurer. Le désaccord qui existe entre les observateurs les 
plus consciencieux montre que l'élude des temps quaternaires est 
à ses débuts; pour l'établir sur des bases solides, il faudra encore 
apporter bien des matériaux. 



FOSSILES QUATERNAIRES 



I) K 



LA MAYENNE 



Le (léparteiiieiit do la Mayenne a été jusqu'à présent peu visité 
par les géologues ; il est cependant un des pays de la France qui 
présenlcnl le i)liis d'intérêt pour l'étude de la paléontologie (jua- 
lernaire. Depuis quelques années, on y a entrepris sur une vaste 
échelle l'exploitation des calcaires marbres des terrains devonien 
et carbonifère (1); le village de Louverné situé à G kilomètres de 
Laval est un des principaux centres des travaux; les tranchées 
(|ui y sont pratiquées ont mis a découvert un important gisement 
d'animaux quaternaires. M. Daniel OEhlert, bibliothécaire et 
(onservatenr du ÏMusée d'histoire naturelle de Laval, a recueilli 
avec soin tous les ossements de Louverné. Bientôt après, il a ex- 
ploré une grotte située dans le voisinage. M. Perrot, qui est le 

(Ij l.a chaux qu'on en obtient est très-recherchée par les cultivateurs. Mêlée avec les 
fumiers, les feuilles et les autres détritus de la végétation, elle amène une bienfaisante 
révolution dans les cultures de la Mayenne ; la valeur d'un grand nombre de terres a été 
doublée en quelques années. 



iU FOSSILES QUATEnNAIRES. 

premier adjoint au maire de Laval et est un des propriétaires des 
carrières de Louverné, a aidé M. OEhlert dans l'exploration de la 
grotte. En outre, il a fait des recherches à Sainte-Suzanne dans des 
carrières de calcaire devonien dont il est également propriétaire ; 
il y a découvert un autre gisement de fossiles quaternaires. Saulges 
est devenu aussi l'objet de recherches intéressantes : la cave à 
Margot, depuis longtemps connue des touristes, a été fouillée par 
M. le duc de Cliaiilnes et les collections qui en proviennent ont été 
envoyées à l'un des savants conservateurs du Musée de Saint- 
Germain, M. de Mortillet. Outre la cave à Margot, on voit auprès 
de Saulges la cave de Rochefort, celle de la Chèvre et celle de la 
Bigotte; M"" de Boxberg a exploré ces grottes et a réuni les pro- 
duits de ses recherches dans le château de M*"" la marquise de 
Laroche-Lambert. M. Maillard, curé de Thorigné s'occupe en ce 
moment de fouiller les remblais qui sont en avant de la cave de 
la Chèvre et il en a déjcà retiré de nombreux débris. 

M. de Mortillet, M"" de Boxberg, M. l'abbé Maillard, M. Gustave 
de Lorière, M. le docteur Thibiorge ont mis à ma disposition les 
fossiles quaternaires de la Mayenne qu'ils possèdent. A mesure 
que MM. Perrot et OEhlert ont fait leurs découvertes, ils m'ont 
confié tous les échantillons qu'ils ont recueillis; en outre, ils ont 
bien voulu me guider dans les localités qui renferment des fos- 
siles quaternaires. Je les prie d'agréer tous mes remercîments. Je 
m'occuperai spécialement des restes d'animaux. Un très-habile 
anthropologiste, M. Chaplain-Duparc m'a annoncé qu'il préparc 
un travail sur les pièces de la Mayenne relatives à l'homme ou à 
son industrie. 



CAUIUÈKES DE SAINTE-SUZANNE 



Je commence l'examen des fossiles de la Mayenne par l'étude du 
gisement de Sainte-Suzanne, parce que ce gisement est peut-être 
celui où l'on voit les plus anciennes couches quaternaires. 

La petite ville de Sainte-Suzanne est à 7 kilomètres au sud-est 
de la station d'Évron entre le Mans et Laval. Campée sur un ma- 
melon isolé, elle jouit d'un des plus immenses panoramas qu'on 
puisse observer en France ; à cet égard, elle excite l'admiration des 
touristes, et elle a dû être à toutes les époques un point stratégique 
de première importance. A 2 kilomètres au nord de Sainte- 
Suzanne, les calcaires marbres du devonien sont l'objet d'exploi- 
tations sur les deux rives du ruisseau appelé l'Erve. En faisant 
abattre les calcaires, M. Perrot a découvert des ossements qua- 
ternaires sur l'une et l'autre rive, à 3 ou /|. mètres au-dessus du 
niveau de l'eau. Voici la coupe que j'ai prise avec ce savant obser- 
vateur dans une des cari ières : 



A 




FiG. 1. 



Coupe d'une eari-iere de Sainte-Suzanne loiiviron -20 inelre^ île l.ir-eun sur la rjve i;auclie de l'Erve. 



FOSSILES Ql'ATERNAIlîES. 

Comme on le remarque surtout dans la partie A, celte carrière 
présente de singuliers contournements de couches et des dépôts 
en pentes inclinées quelquefois de kO à 60 degrés. D'après l'as- 
pect des terrains, je ne serais pas surpris qu'on découvrit un jour 
à Sainte-Suzanne des indices de phénomènes glaciaires. 

I.a partie la plus inférieure est formée de limons argileux noi- 
râtres (n" 'i) qui ont l'apparence d'une boue déposée dans les an- 
fractuosités des roches devonniennes (n" 1). On a trouvé dans ces 
limons des molaires de Rhinocéros Merckii et les os d'un orand h(Kuf. 

Au-dessus de cette couche vaseuse, on voit des assises très- 
stratifiées, épaisses d'un pou plus d'un mètre, composées de sahles 
gris remplis de cailloux de schiste noir (n° 3), de limons sablon- 
neux, gris (n* h) et de limons rouges qui ne renferment pas des 
blocs anguleux (n° 5). Les grains ou les cailloux de ces couches 
témoignent d'un assez long transport, car ils sont très-roulés ; ils 
ne sont point en calcaire comme ceux du haut (u" 6), mais en 
schiste. 

Au-dessus des couches stratifiées, on rencontre un limon rouge 
(n° 6) qui contiaste avec elles par l'absence de stratification. Il 
est rempli de blocs anguleux de calcaire devonien arraché sans 
doute aux roches avoisinantes. Ce dépôt paraît avoir été très- 
<liirérentde celui des couches stratifiées sous-jacentes ; il est re- 
couvert par la terre végétale et les détritus modernes (n° 7). Les 
ouvriers m'ont dit qu'ils avaient trouvé les bois de cerfs à la limite 
des couches 5 et 0. 

Voici la liste des fossiles de Sainte-Suzanne que M. Perrot m'a 
envoyés en communication : 

Feus LKo(pl. I, fig. 2). — Déterminé d'après une canine de la 
dimension de celles des lions actuels et non pas des lions de la 
race dite spelœa. 

Hv ENA caocLTA, racc spelœa (pl.l, fig. I). — D'après des canines, 



CAUlilÈRES DK SAINTK-SIZA.N.NK. '27 

(les prémolaires et des carnassières. Une des carnassières infé- 
rieures est moins allongée qu'elle n'est en général dans la race 

spelo'a. 

Canis vi Li'KS ? — D'après un radius de taille ordinaire. 

Arctomys marmotta, race prifm(/enia (pl. II et III). — M. Perrot a 
découvert de très-nombreux débris de marmottes : parties de 
crâne, màcboires supérieures et inférieures (pl. II, fig. 1 à 6), 
côtes, vertèbres cervicales, dorsales, lombaires, sacrées et cau- 
dales, os des membres de devant (pl. II, fig. 7 à lOj et des mem- 
bres postérieurs (pl. III). On a représenté, fig. 3, les pièces d'un 
membre postérieur qui s'accordent bien entre elles pour la taille; 
on voit le côté gauche du bassin, le fémur, le tibia avec son pé- 
roné, l'astragale uni au calcanéum, le grand cunéiforme du côté 
interne, le cuboïde et les cinq métatarsiens. Ces échantillons 
indiquent une espèce très-semblable «à la marmotte vivante, mais 
dune taille un peu [dus grande et peut-être plus lourde; elle 
appartient à la race que M. Kaup a appelée primigenia{\.). 

Il y a quelques os de marmotte qui contrastent avec les autres 
par leur grosseur singulière. Comme ils ont des exostoses, je pense 
qu'ils proviennent d'un individu extrêmement vieux et malade. 

On a représenté, pl. II, fig. 7 et 8, un humérus qui diffère de ceux 
des marmottes ordinaires en ce qu'il présente une arcade pour le 
passage de l'artère brachiale. Un autre humérus de Sainte-Suzanne 
(pl. II, fig, 9) montre un rudiment d'arcade; les autres humérus 
n'en ont pas. De telles variations ne se rencontrent pas seulement 
chez les rongeurs. Il y a dans les collections du Muséum de Paris 
un humérus d'Ursus spelœus de Gaylenreulh qui a une arcade bien 
développée comme dans la marmotte de Louverné; il a été figuré 

(1) Parmi les mâchoires de marmolte trouvées dans le gisement de Veyrier, qui appar- 
tient à l'âge du renne, M. le docteur Gosse m'a montré un échantillon qui annonce une 
taille égale à celle delà niarmolle de Sainte-Suzanne. 



28 FOSSILKS OL'AIKIÎNAIUES. 

par Ciivier. Les personnes qui s'occupent d'ostéologie savent bien 
que, lorsqu'elles comparent des squelettes d'une même espèce, 
elles rencontrent parfois des exemples de la variabilité de carac- 
tères qui semblent au premier abord avoir une importance spéci- 
fique ou même générique. 

Les écbanlillons de marmottes ont été découverts sur la rive 
droite de l'Erve, c'est-à-dire du côté opposé à celui où les autres 
pièces ont été rencontrées. A en juger par le mode de rassemble- 
ment des os, il y a lieu de croire que ces animaux ont vécu dans 
la place même où on les trouve; comme ils ont l'habitude de se 
loger dans des terriers, ils peuvent être d'un âge un peu moins 
ancien que relui de la couche où leurs restes sont enfouis. 

KuLNOCKROS Merckii (pl. I, (ig. 5, G. 7). — Cette détermination re- 
pose sur l'inspection d'une arrière-molaire supérieure, de deux 
prémolaires endommagées, d'une arrière-molaire de seconde den- 
tition et d'une molaire inférieure de lait. 11 est toujours témé- 
raire de tirer des conclusions de faits négatifs; peut-être un jour 
on découvrira àLouverné le Rhinocéros Mer ckii et à Sainte-Suzanne 
\e Rhinocéros tichorhimis ; mais jusqu'à présenties nombreux restes 
de Rhinocéros trouvés à Louverné proviennent du Rhinocéros ticho- 
rhimts et les pièces de Sainte-Suzanne ap[)arliennent au contraiie 
au Rhinocéros Merckii, animal plus voisin des espèces tertiaires. 

Eqlus CAiîALLis. — Représenté par de nombreuses dents qui 
annoncent un cheval de grandeur moyenne. Les os des membres 
sont très-brisés. 

Sus scRoriiA(pl. I, fig. 3 et h)- — D'après des incisives, des dé- 
fenses et des molaires. L'abondance de ces débris contraste avec la 
rareté habituelle des sangliers dans les terrains de l'âge du mam- 
mouth que l'on a jusqu'à présent fouillés en France. La dent qui 
est représentée, fig. 4, est une molaire inférieure dont les mamelons 
marquent quelque tendance vers le Sus larvaùis. Celte dent indique 



CAURlKnKS DU SAIN TE-SrZA.NNE. "l'.f 

un sanglier gigantesque, car elle a /|5 millimètres de longueur, 
c'est-à-dire autant de longueur que celle du Sus major du Léberon 
et du Sus enjmanthius de Pikermi, mais elle a une forme plus 
étroite que les molaires des espèces tertiaires. 11 y a dans la col- 
lection du Muséum un échantillon de Sus scropha. rapporté par 
M. Botta des îles du Nil, sur lequel on voit des molaires infé- 
l'ieures semblables pour la dimension et l'arrangement des 
mamelons. Aucune des quatorze défenses de sanglier découvertes 
jiar M. Perrot à Sainte-Suzanne n'atteint des dimensions extra- 
ordinaires. Au contraire, on rencontre de fort grandes (b'fenses de 
sanglieis dans les tourbières; M. Anatole Roujou, qui a beaucoup 
étudié les gisements de la pierre polie, a trouvé dans un de ces 
gisements, à Villeneiive-Saint-Georges, une défense de sanglier qui 
a 8 centimètres t /2 de cirsonférence. Il est digne de remarque que 
les Listriodon miocènes ont eu de très-grandes défenses, mais qu'en 
général les sangliers tertiaires ont eu des défenses relativement 
petites. Si le contraste observé à Saiute-Suzanne entre la grandeur 
des molaires et celle des défenses se présentait dans d'autres gise- 
ments, on pourrait être conduit à supposer que le grand dévelop- 
pement des défenses a été un fait tardif dans l'évolution du type 
sanglier. 

Bos. — Parmi les pièces de bœufs trouvées par .Al. Perrot, les 
unes se rapportent à des individus de taille moyenne, les autres 
indiquent une bête de la taille des plus grands bœufs quater- 
naires. 

Gervls elapuls. — Les échantillons de Sainte-Suzanne annon- 
cent un cerf de grande taille, moindre cependant que le Cervus 
catiadensis de Louverné; j'ai vu des molaires, des prémolaires, 
plusieurs bois et un astragale. 

M. Perrot a trouvé un silex à patine blanche qui lui parait 
avoir été taillé sur une de ses faces. Le musée de Laval possède 



M) FOSSILES QlATKaNAlIŒS. 

un flâne humain qui a été découvert, en IS/iO, à Sainle-Suzanne ; 
on n'a pas la preuve qu'il soit du même gisement que les os dont 
je viens de parler. M. Hamy, auquel je l'ai montré, ne lui a 
reconnu aucun caractère particulier. 

La plupart des os des animaux recueillis à Sainte-Suzanne sont 
brisés; ils appartiennent surtout au bœuf et au cheval. Je 
ne pense point qu'on doive attribuer leurs fractures à la main de 
l'homme, car les dents sont presque aussi cassées que les os; ils 
paraissent s'être décomposés à l'air avant d'avoir été enfouis. Les 
bois de cerfs ne proviennent pas d'animaux tués à la chasse; du 
moins tous ceuv que M. Perrot a rencontrés sont des bois qui sont 
tombés naturellement pendant la vie des animaux. Les os de 
Sainte-Suzanne ne semblent pas non plus avoir été apportés par 
des carnassiers; ils n'ont pas, comme ceux de Louverné, été ron- 
gés par les hyènes; j'y ai vu seulement quelques marques faites 
par des dents de très-petits mammifères. 

EXPLICATION DES FIGURES. 
Planche I. 

Toutes les figures sont de grandeur naturelle. 

Fig. 1. — Carnassière inférieure à'Hyœna crocuta. (Race spelœal) Cette 
dent est vue sur là face externe ; le talon t. est peu saillant. 

Fig. 2. — Canine supérieure de Felis leo, race ordinaire ; elle est vue sur 
la face interne : c. collet ; s. les sillons caractéristiques du genre Felis. 

Fig. ."3. — Défense inférieure de la dimension de celles des Sus scropha 
ordinaires ; elle est vue sur la face externe. 

Fig. A. — Dernière molaire inférieure qui annonce un Sus scropha 
énorme; elle est vue sur la couronne : 1 l. mamelons du lobe antérieur; 2 l. 
mamelons du second lobe; 3 L mamelons du troisième lobe ; i. mamelons in- 
termédiaires; /. talon. 



cAniuKiiKs DI-: .s.\i.\Ti:-siz.\.\.\K. 



:il 



¥\g. 5. — Arrière-molaire inférieure de Rhinocéros Merckii, vue sur la 
couronne: cr. a. criissant anti'rieur; cr. p. demi-croissant postérieur. 

Fig. 6. — Arrière-molaire supérieure de Rhinocéros M ercidi, vue sui' la 
couronne : m. e. muraille extérieure ; s. côte saillante de la muraille externe 
qui est un peu en arrière du bord antérieur; c. a. colline transverse anté- 
rieure; c. p. colline Iransverse postérieure ; /. m. fosse médiane ; f. p. fosse 
postérieure; cr. p. crochet de la colline transverse postérieure ; h. a. bour- 
relet antérieur; b.p. bourrelet post('iieur. 



Plancfik II. 
Toutes les ligures sont de gnimleur naturelle. 

Arclomys marmotta (race primigenia). 

Fip;. 1. — Mâchoire supérieure vue sur la face externe: i. m. inler- 
maxillaire ; m. maxillaire ; s. o. trou sous-orbitaire ; i. incisive ; éni.. sa partie 
antérieure émaillée ; iv. partie où l'ivoire n'est pas couvert d'émail ; 1 /). et 
"2 p. les deux prémolaires ; 1 m., ^ m. les deux premières arrière-molaires^ ; 
la dernière est brisée dans cet échantillon. 

Fig-. 2. — Morceau de mâchoire supérieure d'un autre individu, vu sui' la 
face palatine : m. maxillaire; s. ligne de suture de l'intermaxillaire ; s. o. 
trou sous-orbitaire; pal. palatin; 1 p. el'ip. les deux prémolaires; 1 ;//.. 
''2 m., o m. les trois arrière-molaires. 

Fig. S. — Partie postérieure d'un crâne: (. o. trou occipital; cr. créle 
occipitale ; s. oc. région sus-occipitale ; c. oc. condyle occipital ; bas. saillie 
du basilaire ; p. oc. paraoccipilal (paramastoide de Duvernoy) ; ti/in. tyni- 
pauiquc ; mas t. mastoïde. 

Fig. 4. — Mandibule vue du côté interne: t. d. trou du canal dentaire; 
i. incisive; 1 p. la prémolaire unique; 1 m., 2 m., o m. les trois arrière- 
molaires. 

Fig. 5, — Mandibule vue en dessus: mêmes lettres que dans la figure pré- 
cédente. 

Fig. 6. — Incisive de la mâchoire inférieure vue du côté externe: em. sa 
partie émaillée ; iv. ivoire non couvert d'émail. 

Fig. 7. — Humérus vu sur sa face antérieure : t. sa tôle; tr. trochitei'; 



rOSSII,i:> OTATERNAinKS. 



tii. Irochin; g. b. gouttière bicipitale; tro. trochlée ; é. t. épi-trochlée ; arc. 
arcade pour le passage de l'artère brachiale ; t. ol trou en rapport avec le bec 
de l'olécrâne; é. c. grand développement de la région épicondylicnne. 

Fig. 8. — Humérus vu sur la face postérieure : mêmes lettres que dans 
la figure précédente. 

Fig. 9. — Humérus vu sur la face antérieure; il n'a pas d'arcade 
cpilrochléenne ; on voit seulement en a un rudiment de cette arcade. 

Fig. 10. — Cubitus vu du côté externe : ol. olécrâne ; c. sigm. cavité 
sigmoïde ; cor. apophy.'^e ooronoïd ^ ; mal. malléole externe. 



Planche HI. 

Toutes les figures sont de grandeur naturelle. 



Arcloniys marmotta (race primigenia). 

Fig .1. — Sacrum vu en dessous : a. face antérieure de la première ver- 
tèbre sacrée; s. trous sacrés. 

Fig. 2. — Première vertèbre sacrée, vue sur la face antérieure : c. son 
centrum; c. m. canal où passe le prolongement de la moelle épinière ; p. a. 
parapopliyse ou apophyse Iransverse formant l'aile du sacrum ; n. e. neuré- 
pine; n. a. neurapophyse ; z. a. zygapophyse. 

Fig. S. — Pièces du membre postérieur, vues sur le côté externe : il. 
iliaque; is. ischion ; f. fémur; tr. son grand trochanter ; t. l trochanter laté- 
ral; .s. suture de l'épiphy.se inférieure ; r. poulie rotulienne ; t. tibia; su. 
suture de son épiphyse supérieure ; ce. sa crête aniérieure ; j. fosse du jam- 
bier;|j. péroné; cal. calcanéum; as. astragale; euh. cuboïde; 1 eu. premier 
cunéiforme; "2 m., S m., 4 m., 5 m. les second, troisième, quatrième et 
cinquième métatarsiens. 

Fig. i. — Bassin vu en dessous: cot. cavité cotyloïde ; il. iliaque; é. il. 
épine iliaque; is. ischion; é. is. épine ischiatique; p. pubis. 

Fig. .""). — Fémur vu de face: t. sa tête; tr. grand trochanter ; tn. tro- 
i li.nitin ; ^ /. trochanter latéral ; i. tubérosité interne ; r. poulie rotulienne. 



CAnniÈRES DE SAI.NTK-SUZANNE. 



33 



Fit». I). — Os de la jambe, vus de face: l. tibia; è. épine du tibia; cr. sa 
frète; m. i. malléole interne; p. péroné. 

Fi^. 7. — ("ialranéum cal. et astragale as. vus en dessus; c. facette du 
calcanéum en rapport avec le ciiboïde ; se. facette de l'astragale en rapport 
avec le scaphoïdc. 

Fig. 8. — Partie des os de la patte de derrière, vus de face : 1 eu. pre- 
miei cunéiforme ; cab. cuboïde; 1 m. premier métatarsien, en partie caché 
par le second métatarsien, 2 m. ; 3 m., 4 w., 5 m. les troisième, quatiième 
et cinquième métatarsiens. 



5 



LE COULOIR DE LOUVERNÉ 



Louverné est ravant-dernièrc station qui précède Laval sur le 
chemin de fer qui va du Mans à cette ville. A côté de la gare, il y 
a de grandes carrières de calcaire-marbre qui appartient au ter- 
rain carbonifère (fig. 2); les bancs plongent au sud sous un angle 



Abii-sous-roclic 
cl gi-oUc. 



I.iiiiuiis ruiiircs 



Kours 
ù 

cliniix. 



Couloir 

rempli Calcaire 
d'osse- rar- 
iiii'iils. bonifère. 
' Liinons ; 
• rouïTi's. ' 



l.c CartiiM-, 
riiissuau. 




Kl... -2. 



. l'rolil des gisciiionU i|iial(Mnnir<'s du I ouvitih'. 



de 60 à 70° ; sur leurs tranches et dans leurs dépressions, on trouve 
des limons rougeàtres d'une épaisseur de 2 ou 3 mètres; aucun 
fossile n'y a encore été découvert. Mais, en exploitant le calcaire, 
on a rencontré un long couloir rempli également de limon rou- 
geàtre et dans lequel les ossements abondent. Ce couloir est 
presque perpendiculaire à la direction des couches; on l'entame 
à mesure que l'exploitation avance et il a été déjà diminué 
d'une longueur de '10 mètres; il est à deux mètres au-dessus 
du niveau de la prairie où coule le ruisseau appelé le Cartier. 



con.oirt 1)1-: i.nrvntM-;. 35 

Voici l'aspect qu'il présentail lorsque M. Œlilert a commencé 
ses fouilles : 




A Couloir i'cni|ili de limons rouf,'eàlri:s et il'osseiiiciils. 
E Blocs de pierros (■bouU'S du haut. 



Le couloir est en ce moment à environ 2 mètres au-dessus du 
niveau du Cartier ; sa hauteur est de 2 mètres, sa largeur est 
de 0"',90 : sa forme est ovale. Bien qu'on n'ait pas encore vu 
sa communication avec le haut des canières, il est bien pro- 
bable qu'elle a existé quelque part; autrement on ne concevrait 
pas comment il a été rempli. Toutefois, il faut remarquer que 
ce n'est point le limon placé actuellement au-dessus des car- 
rières qui s'y est introduit, car il contraste avec celui de l'inté- 
rieur du couloir par l'absence de tout fossile. Les ossements 
sont brisés en d'innombrables morceaux; les hyènes ont laissé sur 
beaucoup d'entre eux la marque de leurs dents et ont rongé 
leurs épiphyses. Gej)endant comme on trouve des ossements tout 
près du toit du couloir, on ne peut attribuer leur transport à des 
hyènes; d'ailleurs on n'observe pas comme dans les cavernes habi- 
tées par ces carnassiers des coprolithes et des bandes d'os brisés 
indiquant l'ancien sol où ils habitaient. Si le couloir n'a pas été 
fréquenté par des hyènes, à [)lus forte raison n'a-t-il pu être fré- 
quenté par les hommes. Je pense que le limon et les ossements ont 
été amenés par les eaux. Mais cela n'empêche pas de supposer 



36 FOSSILES QU.VTKK.NAIRES. 

qu'avant d'avoir été transportés par les eaux dans le couloir de 
Louverné, les ossements ont dû être réunis dans le voisinage par 
l'homme ou par des bêles de proie ; car la multitude des morceaux 
brisés est vraiment étrange. Dans les gisements tertiaires où l'on 
ne découvre pas de traces humaines, aucun géologue n'a vu une 
pareille accumulation d'os cassés. 

l.es êtres fossiles dont on a trouvé les débris à Louverné sont 
les suivants : 

Homo. — La présence de l'homme est indiquée par quehjues 
éclats de silex grossièrement taillés. 

Uiîsus FEROx (pl. VI, fig, 10, 11). — Parmi les nombreux 
fossiles recueillis à Louverné, je n'ai encore vu qu'un seul débris 
d'ours ; c'est une première tuberculeuse inférieure droite 
plus grande que dans ÏUrsus arclos, plus petite que chez ViJrsus 
spelœus et à tubercules moins mousses; elle me paraît [)rovenir de 
VUrsus ferox. 

Mêles taxus. — On a dessiné, pl. VII, lig. 1 et 2, un crâne de cette 
espèce ; je n'y ai aperçu aucune différence avec celui des blaireaux 
actuels; il n'annonce point plus de force ainsi qu'on le voit fré- 
quemment chez les animaux quaternaires; la crête sagittale n'est 
pas entière, mais ce qui est conservé semble indiquer qu'elle était 
moins saillante que dans certains de nos blaireaux actuels. 

MusTELA de la taille de la Miistela foina. — Cette indication est 
fort douteuse; elle ne s'appuie que sur un humérus qui ressemble 
à celui de la fouine. 

C.\MS vuLPEs? race septentrionale (pl. VI, fig. '1 à 8). — Il y a déjà 
longlemps, Schmerling dans son bel ouvrage sur les cavernes de la 
province de Liège (1) a signalé en Belgique la présence d'un riMiai-d 

( I) Schmerling. Recherches sur les ossements fossiles découverts dans les cavernes de la 
pntrincc de Liège, p. 46, in-l°, 1833. 



CODLOIR DE LOtVEnNÉ. oT 

plus élancé sur jambes que le renard commun. M. OEhltrt m'a envoyé 
diverses piècesqui semblentindiquer des animauxdont lesmembres 
sont proportionnément un peu plus hauts que ceux des renards de 
nos pays et ressemblent à ceux des renards argeni(''s des régions 
septentrionales. En présence des variétés et des espèces si nom- 
breuses admises parmi les renards, la détermination de ces ani- 
maux est devenue bien difficile. Je pense que le plus simple est 
d'inscrire provisoirement le carnassier de la ÏMayenne sous le nom 
de Canis vidpes. M. Brehm (1) dit que dans celte espèce la femelle 
est plus élancée que le mâle et que les individus des pays du nord 
sont plus grands que ceux du midi de l'Europe. 

Canis lupus. — La (ignre 9 de la planche VI représente un maxil- 
laire d'un individu jeune ; une prémolaire pousse dans l'alvéole de 
la première molaire de lait qui est tombée; la carnassi<^re et la tu- 
berculeuse de lait sont encore en place ; au-dessous de cette der- 
nière, apparaît la carnassière de seconde dentition (2). Pour la 
forme et la grandeur, les dents ressemblent à celles du loup actuel 
de nos pays; peut-être le maxillaire s'élargit-il en arrière de la ca- 
nine un peu plus qu'on ne le voit en général dans les loups. La 
collection de M.OËhlert contient une deuxième prémolaire supé- 
rieure droite qui indique un loup d'une taille ordinaire. Il me 
semble qu'il sera très-utile d'étudier avec soin les caractères des 
quaternaires, car il esl improbable que les races si différentes, 
si nombreuses des chiens domestiques dérivent uniquement des 

(1) Brehm. La vie des nnimaux illustrée. Mammifères, vol. I, p. 509. 

(2) Celte position de la carnassière supérieure au-di-ssous de la tuberculeuse de lait, 
contribue à montrer qu'on doit considérer la carnassière supérieure comme une dent de 
remplacement, c'est-à-dire comme une véritable prémolaire et que par conséquent la pre- 
mière tuberculeuse supérieure des carnassiers correspond à la première arrière-molaire 
des pachydermes. Cette observation, au sujet de laquelle M. Richard Owen a donné des 
renseignements très-précis, est fort importante pour la doctrine de l'évolution, car elle 
rend plus facile à comprendre le passage de la dentition des pachydermes à celle des 
carnassiers. 



38 rOSSILKS Ql ATKU.NAinKS. 

loups, des renards ou des chacals d'espèces actuelles et que leurs 
profondes modificalions aient eu le temps de s'opérer j)endanl 
l'époque qui nous si'pare de l'âge du renne ou de l'âge du dilu- 
vium. C'est pourquoi il est à suj)poser qu'on trouvera dans nos ter- 
rains quaternaires des CanLs autres que des loups, des renards ou 
des chacals semhhtbles aux races actuelles. 

HiM-NA ciiocLTA, race spelœa[\)\. IV). — Les débris d'hyènes qui 
m'ont été communiqués par IM. OEhlert se rapportent à un indi- 
vidu jeune et à une douzaine d'individus adultes. Il n'y a pas lieu de 
s'étonner de rencontrer de nombreux débris d'hyènes quand on 
voit combien les os des différents animaux de Louverné ont élé 
rongés. Les morceaux d'hyènes qui ont été conservés sont pour la 
plupart des dents ou des parties de mâchoires; presque aucun os des 
membi'es n'est resté intact. En comparant les pièces représentées 
dans la planche IV, avec celle des hyènes vivantes, on s'assurera 
qu'elles doivent être rapportées à la grande race ap})elée spelœa. 
Cependant lorsqu'on met en séi ie toutes les dents recueillies par 
IM. OEhlert, on observe parmi elles de notables variations; quel- 
ques-unes ne dépassent point sensiblement la dimension de 
VHijœna crocuta. Parleur forme, elles rappellent cette hyène si par- 
faitement qu'on n'a pas de motifs de les attribuer à une espèce 
distincte. Il est remarquable que l'hyène commune dans le quater- 
naire du nord de la France et l'Angleterre ne soit pas l'hyène rayée 
du nord de l'Afrique, mais l'hyène tachetée de l'Afrique australe. 

Feus leo, race actuelle et race spelœa (pl. V, fig. 1 à 7, et pl. VI, 
lig. 1). — Cette espèce est représentée par des morceauxqui appar- 
tiennent à cinq individus. Les carnassières supérieures dépassent 
celles des plus grands lions du Muséum, mais elles sont plus petites 
que dans les lions fossiles de Gaylenreuth et deLherm (1).Les car- 

i\) Description des ossements de Felis speliva, découverts dans lu caverne de Lherni, 
V, in-i". Paris, 1871. 



COULOIR llE i.orvEnvK 



iiassières inférieures sont à peine plus fortes que celles des plus 
grands lions du Muséum; elles ont :"i peu près la môme dimension que 
celles de Lherm dont ]MM. Filholont donné la figure et celledeBleadon 
dessinée par MM. Boyd Dawkins et Ayshford Sandfonl (1); elles sont 
plus fortes que dans l'échantillon de Sandford Hill décrit par les 
mêmes auteurs. Quelques canines indiquent un énorme Felis de la 
race dile spe/œa, mais j'ai vu aussi des canines supérieures et infé- 
rieures qui ne dépassent nullement la taille ordinaire des lions ac- 
tuels. Les canines des lions et des ligres se ressemblent extrême- 
ment; pourtant il me semble que celles des tigres sont parfois un 
peu plus comprimés; s'il en est ainsi, les canines de Louverné se 
rapprocheraient davantage de la forme des lions, car leur coupe 
donne une figure très-peu comprimée, presque ronde. Je n'ai ob- 
servé que deux pièces des membres; l'une est un morceau d'hu- 
mérus d'un individu de la race spelœa (pl. VI, fig. 1) ; l'autre est un 
quatrième métacarpien (pl. V, fig. 7) de la longueur de ceux des 
lions actuels, mais peut-être relativement un peu plus épais; il 
est plus faible que chez le lion de Lherni décrit par MM. Filhol et le 
lion de Goyet en Belgique dont M. Dupont a recueilli les restes. Il 
résulte de ces remarques qu'on trouve réunies à Gouverné la race 
dite spelœa et la race actuelle; les différences de taille entre les 
échantillons sont plus grandes que celles qui dépendent du sexe 
chez les lions vivants. 

Felis pardus. — J'ai remarqué parmi les dents de carnassiers 
trouvées à Louverné une canine supérieure plus petite que celle 
des lions actuels (pl. V, fig. 8 et 9}; sa taille est la même que chez 
le jaguar, mais les deux sillons verticaux de sa face externe et de 
sa face interne sont bien marqués, tandis que chez les jaguars ils 
sont en général très-affaiblis ; il se pourrait que cette dent provint 

(h Tlii' hiitish Pl-htoccni- M'immnU't. |>l, \II iPul-oiil. Soci'-lip. ISC.d. 



ÎO KOSSII.KS OrATKUNAinF,.-;. 

«l'une panthère de grande taille. Felis Pardus {Fclis antiqua) ; mais 
une détermination qui repose sur une pièce isolée ne peut être que 
pi'ovisoire. 

AiiCTOMYS MARMOTTA, racc actuclie (pl. VII, fig. 3 et /j). — Une in- 
cisive supérieure, une incisive inférieure et une mandibule qui 
|)orte les quatre molaires indiquent une marmotte de la taille des 
marmottes actuelles et par conséquent un peu plus petite que la 
marmotte (race primigeriia) de Sainte-Suzanne. 

Lepus TiMmus de grande taille. — De nombreux os des membres 
se rapportent à un Lepus qui dépasse la dimension habituelle de 
nos lièvres de plaine, et atteint pour le moins la taille des indi- 
vidus de la racc appelée lièvre de montagne. 

Elephas PRiMiGiîNius. — M. OEhIert m'en a envoyé quelques 
dents, notatnment une cinquième molaire inférieure qui est re- 
présentée, pl. I\. Cette dent est longue de O'",ol0; sa surface tri- 
turante à 0"',22 sur une largeur de près de 0"',10. Selon Edouard 
Lartct les molaires (V Elephas primigenius type ont de vingt à vingt- 
irois lames sur une surface triturante de 0'°,2fi. La dent de Lou- 
verné que je figure ici n'aurait que dix-sept lames pour une sur- 
face de 0'",26 ; cependant ses lames sont trop étroites, son émail est 
trop fin, sa couronne trop large pour qu'elle puisse être inscrite 
sous le nom à'Elephas antiqniis. Il n'est pas rare de trouver dans le 
quaternaire de la France ou dans le forest-bed d'Angleterre des 
molaires iVEkj//ias primigenhis dont la détermination embarrasse 
parce qu'elles ont une tendance vers ïantiquus. La dent de Louverné 
par ses lames étroites et écartées est très-distincte de VElephas in- 
diens; mais les découvertes de M. Sirodot ont montré que les mo- 
laires de VElephas pfimigenius Si\aienl quelquefois aussi des ressem- 
blances bien grandes avec celles de VElephas indiens. Gomme les 
dents d'éléphants attirent l'attention à cause de leur grandeur, 
elles se multiplient rapidement dans les collections, et les paléon- 



COULOIR DE I.Ol'VEriNK. -il 

tologistes, qui voient leurs variations si nombreuses, sont, je pense, 
bien disposés à admettre la parenté des espèces d'éléphants ac- 
tuels, quaternaires et pliocènes. 

RtiiNOCËROs TiciioRniMS. — On trouve dans les terrains quater- 
naires deux espèces de rhinocéros qui ont des dents molaires assez 
différentes : l'une est le Rhinocéros Merckii (\oni\cs molaires rapel- 
lent les caractères de beaucoup d'autres espèces, telles que les 
Rhbioceros pacitygnathus ei Sclileiermacheri ûn miocène, le Rhinocéros 
leptorhiriKS ou megarhinus du pliocène, le Rhinocéros hicornis do 
l'époque actuelle. L'autre espèce est le Rhinocéros tichorhinus dont 
les dents ont un caractère bien plus spécial, car elles ne ressem- 
blent qu'à celles du Rhinocéros simus {Rhinocéros camus d'Afrique) (1 ) . 

Fn comparant les figures de la planche YIII qui représentent le 
Rhinocéros tlcliorhinus de Louverné avec les figures 5. 6, 7, pl. 1. où 
sont dessinées des dents de Rhinocéros Merckii de Sainte-Suzanne, 
on se rendra facilement compte des différences des deux espè- 
ces (2). Dans les molaires supérieures des Rhinocéros 3Ierc/cii, des 
rhinocéros tertiaires et du Rhinocéros bicornis de l'Afrique actuelle, 
les collines transverses forment, avec la muraille externe, nu 
angle très peu aigu (pl. I, fig. G, c.a., c.p.)\ elles s'avancent (huH 
le sens de la largeur de la tête marquant ainsi une tendance vers 
la forme Anchiterium; il r 'suite de cette disj)osition que rien ne gêne 
leur développement. Il en est autrement dans les molaires supi'*- 
rie\\ve9> des, Rhinocéros tichorhinus et simus; les collines transverses 
(pl. VIII, fig. 3, CM.) se disposent obliquement; elles marquent 
une tendance vers la disposition en croissant des ruminants (pl. \, 
fig. 2, 5) ; elles sont nécessairement plus gênées dans leur déve- 
loppement que celles du Rhinocéros Mcrckii, puisqu'elles sont limi- 

(!) Malgré leur ressemblance avec les dents des Rhinocéros simus, les molaires du 
Rhinocéros tichorhinus se distinguent par la moindre hauteur de leur fût. 

(2) 11 y a eu sur ce sujet d'intéressantes publications de MM. I-artet, Falconer et Boyd 
Dawkins. 



42 FOSSILES QUATERXAIRKS. 

tées en avant et en arrière par les autres dents. Pour avoir plus 
(le place (pl. VIII, fig. 1, 2, 3), la colline transverse antérieure 
c. a. se pose le plus en avant possible, et comme la côle de la mu- 
raille externe provient de la poussée de la colline transverse, elle 
est reportée tout au bord antérieur au lieu d'être placée comme 
chez le Rhinocéros Merckii (pl. I, lig. 6 et 7, s.). Il résulte aussi de la 
j)Osition très-oblique des deux collines transverses qu'elles doivent 
se rencontrer l'une l'autre; et, en effet, aussitôt que les dents des 
Rhinocéros tichorhinus et sinms commencent à s'user, on trouve entre 
les collines Iransverses des entonnoirs au lieu des vallons ouverts 
des rhinocéros ordinaires. J'ajouterai que, dans les Rhinocéros 
lichorliinus (pl. VIII, fig. 2), l'extrême rugosité de l'émail sendjie 
avoir servi, comme chez le Rhinocéros simus, à retenir un cément 
beaucoup plus épais que dans le Rliinoceros Merckii. 

Les molaires inférieures des rhinocéros sont moins caractéristi- 
ques que les molaires supérieures; cependant il est possible de 
distinguer celles du Rhinocéros tichorhinus (pl. VIII, fig. h), parce 
(jue leurs collines sont plus fortement coui'bées que celles des 
autres rhinocéros (pl. I, fig. 5). 

L'ensemble de ces caractères parait indiquer que la dentition 
du Rhinocéros tichorhinus présentait un type plus franchement her- 
bivore que la dentition du Rhinocéros Merckii. Le Rhinocéros tichorhi- 
nus de Rochccai'don. qui a[)parlient au mnsî'e de Lyon, et le Rhino- 
céros tichorhinus de l'Allier présentent, à nu degré très-marqué, 
les caractères que je viens de citer chez l'animal de la Mayenne. 

M. OEhIert a trouvé une mâchoire inférieure d'un jeune rhino- 
céros dont les mandibules sont en partie conservées et portent des 
dents de lait. Une de ces mandibules est représentée, pl. VIII, 
fig. 5; on pourra remarquer que la symphyse est très-courte. 

Le gisement de Louverné a fourni aussi un certain nombre d'os 
(les membres qui se rapportent à trois individus : humérus, cubi- 
tus, radius, fémur, tibia, calcanéum, astragale, métatarsien, etc. 



COULOlU DE LOI VEU.NÉ. l.i 

Ces os sont en partie rongés par les hyènes ; ce qui en est conservé 
porle à supposer que le rhinocéros de la Mayenne était massif 
comme les autres Rhinocéros tkhorhimis et comme le Rhinocéros 
simus. 

Sus scROPHA (pl. X, fig, 1). — Celte espèce ne semble pas com- 
mune. Il y a une défense inférieure d'une assez forte dimension. 

Eqlus caballls. — Les dents se trouvent en profusion. Une mo- 
laire présente, à un degré très-marqué, le plissement d'émail qui 
donne lieu à la variation appelée plicidens; j'ai recueilli, dans le 
Mont Léberon, des dénis <ï IJipparion dont l'émail est moins plissé. 
Les os des membres sont proportionnément moins nombreux; une 
dizaine de canons bien conservés, des astragales et des phalanges 
permettent de reconnaître les dimensions d'un cheval ordinaire. 

Bos. — Louverné a fourni de nombreuses pièces de bœufs; en 
général, elles dépassent notablement la dimension des os des bœufs 
actuels ; elles ont la taille des races quaternaires appelées Bos bison 
(prisciis) et Bos taiirus [primigenius) . Comme je n'ai observé ni crâne, 
ni vertèbres dorsales, je ne peux décider à laquelle de ces doux 
espèces elles appartiennent. 

Cervus elapiius, race ordinaire et race appelée canadensis (pl. X, 
fig. 2, 3, h). — On voit dans la collection de M. OEhlert, à côté de 
morceaux qui indiquent un Cervus e/aphus de la taille de ceux de 
Sainte-Suzanne, plusieurs pièces qui proviennent d'un cerf gigan- 
tesque (race canadensis); ces [)ièces sont une partie inférieure de 
bois, avec ses andouillers basilaires (fig. 3); une arrière-molaire 
supérieure (fig. 2); un métatarsien et un métacarpien parfaitement 
conservés. Dans une note que j'ai publiée, il y a quelques années, 
sur les fossiles quaternaires de Paris, j'ai fait remarquer que le 
Muséum de Paris possède un massacre d'un Cervus canadensis 
acluel a'issi grand que les fossiles. Le Cervus canadensis de Lou- 



41 FOSSILES QUATEUNAIRKS. 

verné devait atteindre la taille du Cermismegaceros ; à en juger par 
le métacarpien, on pourrait croire qu'il était proportionnément un 
peu plus lourd; mais cette différence est sans doute individuelle, 
car, d'après la grandeur des bois, il est difficile d'admettre que le 
Cervits megaceros eût ses membres de devant pins élancés qu'un 
cerf du groupe des élaplies. 

Gervcs tarandus (pl. X, fig. 5, G, 7). — On n'en a trouvé que peu 
de débris : ce sont deux molaires et trois bois brisés d'individus 
adultes, une molaire de lait et une omoplate d'un jeune individu. 

Outre les restes de mammifères que je viens de citer, IM. OEhlert 
a recueilli plusieurs os d'oiseaux; M. Alphonse Milne Edwards a 
bien voulu se charger de les déterminer. Les oiseaux que cet habile 
naturaliste a reconnus, sont les suivants : 

Anas, d'api'ès un coracoïde et un humérus; 

Anas d'une autre espèce, d'après un humérus; 

Anser, d'après un fémur; 

Mergus, d'après un fémur; 

Rapace diurne d'espèce inconnue, d'après un fémur plus grand 
que celui de la buse, plus petit que celui de VAquila aitdax 
(pl.X, fig.8, 9). 

EXPLICATION DES FIGURES. 
Planche IV. 
Tous les dessins sont de grandeur naturelle. 

Fig. 1. — Carnassière supérieure de lait de VHyœna crociila (race spe- 
lœa), vue sur la face externe: a. denlicule antérieur; m. denticule médian ; 
p. denticule postérieur ; on voit passer en i. un petit denticule interne 
accessoire. 



r.ori.nin dk lovvernk. 



Fig. 2. — Molaires inférieures de lait de la même race, vues du côté 
interne: 2 m', seconde molaire de lait; a. son dcnticulc antérieur; m. denti- 
cule médian ; p. denticule postérieur ; t. rudiment de talon ; car', carnassière ; 
t. son talon. 

Fig. 3. — Canine supérieure de la même race, vue sur la face interne ; 

b. a. bourrelet antérieur. 

Fig. 4'. — Canine inférieure de la même race, vue sur la face externe ; 
elle se distingue de la canine supérieure par sa forme moins aplatie : c. collet. 

Fig. 5. — Carnassière supérieure delà même race, vue sur la face externe : 
a. denticule antérieur; m. denticule médian ; p. denticule postérieur; r. a. 
les deux racines antérieures ; r. p. la grande racine postérieure. 

Fig. f). — Carnassière supérieure d'un individu de la même race (pii 
était plus âgé: a., m, e\ p. les trois denticulcs; le talon interne t. ne paraît 
pas aussi saillant qu'il est en réalité, parce qu'il est vu en raccourci. 

Fig. 7. — Dernière prémolaire supérieure de la même race: a. bour- 
relet antérieur ; p. bourrelet postérieur. 

Fig. 8. — Mandibule d'un individu de la même race dont les dents com- 
mençaient à s'user; elle est vue sur la face externe: m. trou menlonnier ; 

c. alvéole de la canine; on ne voit aucune trace de première prémolaire; 
i2 p., Sp., A p. la seconde, la troisième et la quatrième prémolaire; car. 
carnassière; t. son talon; mas. fosse massétérienne. 

Fig. 9. — Carnassière inférieure de la même race, vue sur la face in- 
terne: t. talon; r. a. grande racine antérieure; r. /). petite racine pos- 
térieure. 



Planche V. 

Toutes les figures sont de grandeur naturelle 

Fig.i. — Canine supérieure de Felis ho (race spelœa). Il y a dans la 
collection de Louverné des canines encore plus fortes. Cette dent est vue sur 
la face externe : c. collet; s. les deux sillons qui se montrent sur la face 
externe aussi bien que sur la face interne. 

Fig. 2. — Canine inférieure d'un Felis leo qui ne dépasse pas la dimen- 
sion des plus grands lions actuels. On trouve à Louverné des canines 



iC FOSSILES QIARTENAIRES. 

iiolablemcnl plus faibles que ccllc-ci. La dent qui esl figurée csL vue sur 
la face externe; la dépression qui est en m. n'est qu'une marque d'usure; 
il n'y a sur chacune des faces externe et interne qu'un seul sillon 5. On 
sait que les canines inférieures des FcUs se distinguent des canines supé- 
rieures parce qu'au lieu d'avoir sur chaque face deux sillons, elles n'en 
ont qu'un seul. La lettre c. indique le collet de la dent. 

Fig. S. — Carnassière supérieure àùFelis ko (race spelœa), vue sur la 
face externe: a. denticule antérieur; m. denticule médian; p. denticule pos- 
térieur; r. a. les deux racines antérieures; r. p. la grande racine pos- 
térieure. 

Fig. 4. — Autre carnassière supérieure de la même l acc , vue sur la face 
interne : t. talon interne bien plus réduit que dans Vllijœna crocuta. 

Fig. 5. — Dernière prémolaire supérieure de Felis. Ico (race spelœa), 
vue sur la face interne: a. denticule antérieur; m. denlicule médian; p. den- 
ticule postérieur ; t talon. 

Fig. 0. — Carnassière inférieure qui dépasse très peu la dimension des 
lions vivants; elle est vue sur la face interne: r. a. grande racine placée en 
avant tandis qu'elle est placée en arrière dans la carnassière supérieure ; 
l'état tout à fait rudimentaire du talon t. permet de distinguer celte dent de 
i-elle des hyènes. 

Fig. 7. — Quatrième métacarpien de Felis leo qui ne dépasse pas en 
longueur celui des lions vivants : o. face en rapport avec l'oiiciforme ; m. face 
f^n rapport avec le troisième métacarpien. 

Fig. 8. — Canine supérieure de la taille d'un grand Felis pardus (race 
appelée Felis antiqua), vue sur la face externe: c. collet; s. les deux sillons 
caractéristiques des Felis. 

Fig. 9. — Même dent vue sur la face interne. Mêmes lettres. 



Planche YI. 

Les figures sont de grandeur naturelle. 

Fig. 1. — Partie inférieure d'humérus de Felis leo (race spelœa), vue 
sur la face antérieure : tro. trochlée ; é. t. épitrochlée ; arc. arcade pour le 
passage de l'artère brachiale ; é. c. épicondyle. 



COULOIR DE I.OIVERNÉ. 



47 



F\^. 2. — Frat^ment de mâchoire supérieure de Canis vuJpes, vu sur la 
face inférieure : 3 p. alvéole de la troisième prémolaire ; car. carnassière ; 
1 lu. première tuberculeuse ; 2 tu. alvéole de la seconde tuberculeuse. Celte 
dent se voit dans la figure suivante. 

Fig. 3. — Autre morceau de mâchoire supérieure de la même espèce ; 
mêmes lellrcs. 

Fig. l. — Mandibule de la même espèce, vue sur la face externe : 2 p. 
seconde prémolaire; 3;). et 4 jj. alvéoles de la troisième el de la quatrième 
prémolaire; car. carnassière; d. son denficule interne; 1 tu. premièic 
tuberculeuse; 2 tu. alvéole de la seconde tuberculeuse; f. m. fosse massé- 
lérienne. 

Fig. 5. — Canine supérieure de la même espèce, vue sur la face interne : 
b. i. bourrelet interne contre le collet. 

Fig. G. — Canine inférieure de la même espèce, vue sur la face externe. 

Fig. 7. — Humérus de la même espèce, vu sur la face antérieure : 
é. t. épitroclilée sans arcade -, t. o. trou olécrànien. 

Fig. 8. — Tibia de la même espèce, vu sur la face antérieure : m. t. 
malléole interne; /". p. facette en rapport avec le péroné. 

Fig. 9. — Mâchoire supérieure d'un jeune Canis lupus: c. alvéole de la 
canine; p. prémolaire qui pousse dans l'alvéole de la première molaire de 
lait; car\ carnassière de lait; tu\ tuberculeuse de lait qui était sur le point 
d'être chassée par la carnassière de seconde dentition car. 

Fig. 10. — Première tuberculeuse inférieure d'Ursus ferox, vue en dessus : 
a. côté antérieur ; <. côté interne; cr. sa crête principale. 

Fig. 11. — Même dent, vue du côté externe : a. bord antérieur; ex. face 
externe. 

Planche VU. 

Les figures sont de grandeur naturelle. 

Fig. \. — Crâne de Mêles taxus, vu en dessus: n. os nasaux; ?. m. 
intermaxillaire: m. maxillaire; s. o. grand trou sous-orbitaire ; j. iugai ; 
/V. frontal ; /)ar. pariétal; sag. crête sagittale ; temp. temporal; zyg. arcade 
zygoiualique; mas. mastoïde ; t. a. trou auditif ; |). oc. paraoccipital ; c. oc. 
condyle occipital. 



4S 



FOSSILES Ql'ATERNAIRES. 



Vig. ^2. — Mâchoire supérieure du même animal, vue sur la face palatine : 
c. canine; 1 }h et 2p. prémolaires; car. carnassière; tu. tuberculeuse. 

Fig. 3. — Uand'ibuic à' Arctomys marmotta, race actuelle ; elle est vue 
sur la face externe : cor. apophyse coronoïde brisée; cond. condyle ; 1 p. pré- 
molaire unique; 1 m., 2 m., 3 m. les trois arrière-molaires. 

Fig. 4. — Même mandibule, vue en dessus. Mômes lettres. 

Fig. 5. — Mandibule d'un jeune Rhinocéros tichorhinus, vue sur la face 
externe: 1 m\ alvéole de la première molaire de lait ; 2m'., 3?n'. les seconde 
et troisième molaires de lait; c. a. croissant antérieur; c. p. demi-croissant 
postérieur; -4 m\ quatrième molaire de lait dontlc demi-croissant postérieur 
est brisé; t. m. trous mentonniers. Comme sur un grand nombre des os de 
Louverné, on voit en s. des marques de dents d'animaux carnassiers. 



Planche VIII. 
Les figures sont de grandeur naturelle. 

Fig. 1. — Arrière-molaires supérieures du Rhinocéros tichorhinus, vues 
sur la couronne: 1 m. première arrière -molaire ; 2 m. la seconde; 3 m. 
la troisième ; m. e. muraille externe ; s. saillie de la muraille externe formée 
par la colline transverse antérieure; c. a. colline transverse antérieure ; c. p. 
colline transverse postérieure ; cr. a. crochet antérieur ; cr. p. crochet pos- 
térieur; f. m. fosse médiane ; f. p. fossette postérieure ; f. s. fossette sup- 
plémentaire. 

Fig. 2. — Première arrière-molaire supérieure de la même espèce, des- 
sinée sur la face externe: a. côté antérieur; on voit que la saillie s. déter- 
minée par la colline transverse, antérieure est placée tout à fait en avant el 
on remarque les rugosités de l'émail dans les parties où le cément c. s'est 
délaché. 

Fig. 3. — Molaire supérieure qui esl sans doute une deuxième pré- 
molaire ; elle provient de la même espèce de rhinocéros. On voit sa colline 
transverse antérieure c. a. très-réduile et bien distincte du reste de la dent. 
Mêmes lettres que dans la figure 2. 

Fig. 't. -- Arrière-molaire inférieure de la même espèce, vue sur la face 
externe .eu. croissant antérieur; c. p. demi-croissant postérieur. 



r.on.oip. DE i.orvERîSK. 



4'.) 



Planche IX. 

La figure 1 est aux 2/3 de la grandeur naturelle. 
La figure 2 est aux 3, 5. 

Fig. l. — Avant-dernière molaire inférieure lï Elephas primigenius {race 
dont les molaires ont leurs lames écartées) : a. bord antérieur de la dent 
déjà entamé par l'usure; a. b. surface triturante en exercice; d. lame de 
dentine ; ém. son émail ; cé. cément. 

Fig. 2. — Même dent, vue sur la face interne: 6 m. représente la dépres- 
sion où devait s'appuyer la sixième molaire; r. a. racine antérieure. 



Planche X, 

Les figures 3 et 7 sont à moitié de la grandeur naturelle ; les autres figures 
sont de grandeur naturelle. 

Fig. 1. — iMandii)ule de Sus scropha, vue sur la face externe: p. der- 
nière prémolaire ; 1 m., 4 m., 3 m. les trois arrière-molaires. 

Fig. 2. — Seconde arrière-molaire supérieure de Cervus elaphus (race 
canadensis), vue sur la couronne. Elle montre d'une manière très-nette les 
éléments dont est composée une dent de i^uminant : ex. a. lobe externe anté- 
rieur ; i. a. lobe interne antérieur en forme de croissant ; ex. p. lobe externe 
postérieur; i.p. lobe interne postérieur; t. i. tubercule interlobaire. 

Fig. S. — Fragment de bois d'un cerf de la même race ; comme on le 
voit par l'inspection de sa base, ce bois est loml)é pendant la vie de l'animal : 
c. p. cercle de pierrui^es; a. b. andouiller basilaire; '1 ((. second andouiller. 

Fig. 4. — Seconde arrière-molaire supérieure d'un Cervus elaphus qui 
a dû appartenir à la même race que les cerfs actuels de nos pays. Mêmes let- 
tres que dans la figure 2. Le tubercule interlobaire se continue en un fort 
bourrelet. 

Fig. 5. — Seconde arrière-molaire supérieure de Cervus tarandus. 
Mêmes lettres que dans les figures 2 et -4. On voit que le tubercule inter- 

7 



50 



KOSSILKS Ql AÏKUNAIllKS. 



lobaii o est bien plusréduil que dans les élaphes, et que le croissant antérieur 
interne est plus ouvert. 

Fig. (). — Même dont, vue sur la face externe : c. a. côte qui dépend du 
lobe antérieur : c. p. côte qui dépend du lobe postérieur. 

Fis;. 7. — Bois qui sans douli; provient d'un Cervus tarandus, malgré 
quelques sillons (pii lui donnent une apparence de ressemblance avec celui 
des ceris élaphes ; l'inspection de sa base montre qu'il est tombé pendant la 
vie de l'animal: a. b. andouillcr basilaire ; ^ a. second andouiller. 

Fig. 8. — Fémur que M. Alphonse Milne Edwards attribue à \in rapace 
diurne; cet os est vu sur la face antérieure: t. tête; t. l. trou du ligament 
lond; tr. Irochantcr; aév. cavité aérienne; c. e. condyle externe. 

Fig. 9. — Même os, vu sur la face postérieure; mêmes lettres: c. côte 
qui sépare la facette péronière de la facette tibiale. 



GROTTE Di: LOUVER.NÉ 



A 800 luèlres environ du couloir dont je viens de sign;iler Jes 
fossiles, on trouve dans les calcaires carbonifères un abri-sous- 
roche qui forme l'enlrée d'une caverne (voir fij;. i, page 34). 
M. Œiilerl a entrepris avec M. Perrot l'exploration de celle ca- 
verne. Il en a dressé le plan ci-dessous (fig. h). 




r: AIRE CARBpMFERK - 



Abri-sou s-rocb'". 

flG. 4. 

l'ian de a grolte de Louveroé. dr'-ssé par M (Elil'-rt 

A. Entrée de la grotte. 

B. Chambre étroite qui n'a pas été foninéc 
C Chambre principale qui a été fouillée. 

La grotte est longue de 21 mètres de A à 0; elle atteint dans u!i 
endroit 8 mètres de hauteur. Elle a deux chambres; on n"a pu 
fouiller dans la chambre B parce que le couloir qui la précède est 
trop étroit pour retirer les déblais; mais la chambre C a été bien 
explorée. Au-dessous d'une couche de stalagmites épaisse de 
•20 centimètres, MM. Œhlert et Perrot ont découvert quatre mo- 
laires humaines qui ont été soumises à l'examen de M. Hamy. 



52 FOSSILES QUATERNAIRES. 

D'après ce savant anthropologiste, elles ont appartenu à quatre 
individus d'âge différent. L'une d'elles (pl. XI, fig. 1) est une 
canine supérieure de lait. Une autre (pl. XI, fig. 2) est une seconde 
arrière-molaire inférieure qui ne porte pas en arrière l'indice du 
contact de la dent de sagesse et par conséquent indique un sujet 
encore peu Agé. La dent représenté, fig. 3, est une troisième ar- 
rière-molaire inférieure dont l'usure très-faible semble annoncer 
un individu qui n'avait pas dépassé vingt-cinq ans; suivant 
M Hamy, on voit rarement des troisièmes molaires aussi fortes 
et aussi tuberculeuses. La troisième arrière-molaire supérieure 
dessinée, fig. h, est très-usée et doit provenir d'un sujet càgé. 
.MM. OEblert et Perrot ont trouvé engagé dans la cendre un hu- 
mérus brisé d'un homme de grande taille. 

Ils ont découvert en môme temps un silex, qui, suivant M. de 
Morlillet, aurait été un perçoir (pl. XI, fig. 5), et des éclats de 
silex {)armi lesquels on en remarque du type appelé couteau 
(pl. \I. lig. 0). yi. Gustave de Lorière que j'ai consulté sur leur pro- 
venance m'a appris qu'ils ont dù appartenir originairement à 
l oolithe inférieure ; quelques-uns d'entre eux ont une patine 
blanche. 

En ouli'e on a i ecneilli un bois de renne avec une incision qui 
ne peut avoir été faite que par une main humaine (pl. XI, fig. H). 
des morceaux de charbon et quelques ossements d'animaux. 

Au-dessous de ces objets, MM. Œhlert et Perrot ont observé des 
pierres posées avec symétrie, formant une espèce de dallage. La 
présence de cendre et de charbon montre qu'il y a eu en cet en- 
droit un foyer. Ordinairement les Troglodytes ont fait le feu à l'en- 
trée des cavernes pour n'être pas gênés par la fumée: dans la 
grotte de Louverné, le foyer était placé à 12 mèlres de l'enlrée, 
comme ou pourra s'en rendre compte par le croquis ci-dessous 
drossé par M. Œhlert (fig. 5). Il y avait une ouverture verticale qui 
permettait à la fumée de s'échapper; cette ouverture est mainte- 



OROTTK DE LOUVKRNK. Oo 

nant obstruée par des pierres ; mais la chambre B (fig. /|) a dans le 
haut un passage resté libre que les gens du pays connaissent sous 
le nom de cheminée. 




Fig. 5. 

Coupe de la grotte de Loiivcrné, d'après M. ŒhliTt. 



Les os d'animaux qui m'ont été envoyés de cette même grotte se 
1 apportent aux espèces suivantes : 

Hy.e\a crocuta (race spelœa), canines et carnassières (pl. M, 
fig. 8, 9). 

(!ams viLPES, plusieurs canines (pl. XI, fig. 7). 

Rhinoceuos TiCHORHiNus. — Une seule molaire a été rencontrée à 
l'entrée de la grotte, dans une autre place que celle où les diffé- 
rents os ont été trouvés. 

Equus caballus, dents et os. 

Bos, dents et os. 

Cervus tarandus, nombreux bois de jeunes animaux (pl. XI, 
fig. 10, M) et d'un individu adulte. 

EXPLICATION DES FIGURES. 
Planche XL 

Les figures sont de grandeur naturelle. 



Fig. 1.- 



Denl humaine. Canine de lait supérieure. 



51 FOSSILES Of.VTKIlNAlUKS. 

Fig. '2. — Dcnl humaine. Deuxième arrière-molaire inférieure d'un sujet 
encore jeune. 

Fig. 3. — Dent humaine. — Troisième arriére-molaire inférieure d'un 
sujet adulte. 

Fig. 4. — Denl humaine. Troisième arrière-molaire supérieure d'un 
sujet âgé. 

Fig. 5. — Silex taillé, considéré par M. de Mortillet comme un perçoir. 
Fig. 6. — Silex taillé du type appelé couteau. 

Fig. 7. — Canine inférieure de Canis vulpes, vue sur la face externe. 

Fig. 8. — Canine supérieure d'Hyœna crocuta (race spelœa), vue sur la 
face externe. 

Fig. 9. — Carnassière inférieure d'une hyène de la même race, vue sur 
la face interne : t. petit talon ; b. bourrelet antérieur. 

Fig. 10. — Bois de Cervus tarandus tombé pendant la vie de l'animal. 

Fig. 11. — Autre bois de renne avec une incision /. profonde et régulière 
qui n'a pu être faite que par l'homme. 



CAVE A 



M A R G () r 



Près de Saulges, les rives de l'Erve préseulent de beaux escar- 
pements de calcaire devonieii dans lesquels plusieurs grottes ont 
été ouvertes. La position de ces groltes montre qu'elles n'ont \)u 
être habitées avant que le vallon de l'Erve fût en grande partie 
creusé. On s'en convaincra [).'ir l'inspection du croquis suivant. 




La plus connue des grottes de Saulges est celle qui est apix lée 
la cave à Margot; elle est journellement visitée par les touristes. 
M. le duc de Gbaulnes vient de la déblayer de manière à en rendre 
l'exploration facile; des travaux considérables ont ('lé faits pour 
briser plusieurs énormes bancs de stalagmites et aplanir le sol ; 



56 FOSSILES Ol ATEriNAinES. 

l'épaisseur des slalacliles el surtout des stabagmiles semble 
prouver que leur formation a duré longtemps. On peut anjoui- 
d'hui, grâce aux travaux de M. de Chaiilnes, se promener dans 
de longs couloirs qui sur certains points sont assez élevés. Un 
chemin de fer a été installé dans la grotte pour le transport 
des déblais ; un grand nombre de silex travailb's et d'osse- 
ments d'animaux ont été découverts; malheureusement on n'a 
pas tenu compte des niveaux auxquels ils ont été recueillis. de 
Chaulnes a envoyé au Musée de Saint-Germain les objets qu'il 
a trouvés; iM. de Mortiilet, suivant son obligeance habituelle, a 
bien voulu les mettre à ma disposition. Outre les échantillons que 
M. de Mortiilet m'a montrés à Saint-Germain, j'ai examiné les 
pièces de la cave à Margot qui sont dans la collection du musée 
de Laval, dans celle de M"' de Boxberg et dans celle (!e M. l'abbé 
Maillard. M. Gustave de Lorière m'en a communiqué quelques- 
unes; j'en ai vu aussi chez M. Léveillé, propriétaire de la cave à 
Margot. Voici la liste des fossiles que J'ai remarqués : 

Indices humains. — Nombreux silex taillés que M. de Mortiilet 
attribue à deux âges différents : celui du IMoustier et celui de la 
Madeleine. 

Ursus spel.eus, d'après des dents et plusieurs os des mem- 
bres. 

Uksus ferox. — C'est l'animal dominant. La collection de M. le 
duc de Chaulnes renferme des mandibules avec l'alvéole très-frais 
de la petite prémolaire placée derrière la canine. L'examen des 
dents et des os de la cave à Margot montre que dans cette grotte, 
comme dans bien d'autres gisements quaternaires, il y avait un 
ours d'une dimension supérieure à celle de V Ursus arctos, que 
M. Busk a eu raison de rapprocher de VUrsifs ferox et de séparer 
de V Ursus spelœus. Il avait une taille moindre, ses membres an- 
noncent une bête moins lourde, ses dents n'ont pas des luber- 



CAVK A .MAIÎ(;oT. .•) / 

Cilles aussi mousses, et ses tuberculeuses sont, proportionnément 
aux autres dents, un peu moins grandes, ce qui semble indiquer 
une bête moins omnivore, plus féroce. Cependant il y a des mo- 
laires dont la détermination est difficile, parce qu'étant plus 
petites que celles de VUrsus spelœus elles ont des tuberculeuses 
aussi mousses. Il est probable que les Ursus spelœus^ ferox et arclos 
sont des parents peu éloignés. 

Hy^na crocuta (race spelœa). — Ses os et ses dents sont moins 
communs que ceux des ours. Je n'en ai vu qu'un seul coprolithe; 
ceci porterait à penser que les hyènes n'ont pas longtemps 
séjourné dans la cave à Margot. 

CaxMS lupus. 

Canis vulpes. 

Arvicola amphibius? 

Elrphas PRiMiGENiLS. — 11 y a dans la collection de M. le duc de 
Chaiilnes quelques lames des molaires et une phalange. 

Rhinocéros tichorhinus. — J'ai vu deux morceaux de molaires 
dans la collection de M. l'abbé Maillard. 

Eqlls caballus de taille moyenne. Os abondants. 

Sus SCROPHA. — Je n'en ai vu des débris que dans la collection do 
M. l'abbé Maillard et dans celle du musée de Laval. 

Bos intermédiaire entre les grandes races quaternaires et les 
races actuelles. 

Cervus ELApeus de grande taille; peu commun. 

Cervus tarandus. — Plus abondant que l'élnphe, mais moins 
abondant que dans les gisements du Périgord. 

La cave à Margot a fourni des dents humaines, des poteries, des 
os de musaraignes, de taupes, de chauves-souris, qui ont un aspect 
récent. Elle paraît avoir été habitée à différentes époques. 

8 



CAVES DE ROCHEFORT ET DE LA CHÈVRE 



Ces grottes sont situées en face de la cave à Margot, sur l'autre 
rive de l'Erve. Quoiqu'elles ne soient pas exactement au même 
niveau, elles semblent avoir été creusées vers le même moment. 
Elles ont été explorées par M"^ de Boxborg. Celle de Rocliefort 
n'a pas de longs couloirs comme la cave à Margot, mais elle a une 
chambre bien plus vaste et plus haute; aussi elle a du toujours 
être recherchée par les hommes comnie lieu d'habitation. La cave 
de la Ghèvie est tout à côté de celle de Rochefort; on la voit à 
quelques mètres plus haut; elle est fort petite, mais elle a l'avan- 
tacfe d'avoir deux entrées et une sorte de fenêtre. IM. Perrot et 
moi avons trouvé en avant de la grotte de la Chèvre, une mâ- 
choire d'hyène (race spelœa) et des os de cheval. Voici les débris 
fossiles de celle grotte et de celle de Rochefort qui ont été jusqu'à 
présent recueillis par M"" de Boxberg : 

Indices humains. — Fragment de crâne. — Silex taillés très- 
nombreux, de la forme appelée couteau; ils sont semblables à 
ceux de la Madeleine. — Quartzite blanc taillé en forme de lame 
de poignard ; cet instrument est malheureusement brisé ; il est 
d'un travail presque aussi remarquable que les instruments en silex 
du Danemark et ceux que M3I. Louis Larlet et Chaplain-Duparc 
ont récemment trouvés dans le midi de la France (1). — Cristal de 

^1) Louis Lartet et Chaplain Uuparc. Une sépulticre des anciens troglodytes des Pyrénées, 
p. 02, 25, in-8". Paris, 1874. 



CAVES DE ROCHEFORT ET DK LA CHÈVRE. ÔU 

roclie qui a dû élrc importé par les hommes dans la localité, car 
il ne s'y trouve pas naturellement. — Poteries d'un caractère 
ancien. — Terre rouge pour le laloiiage. 

Mêles taxls. 

Ursis ferox. 

Hy.ï;na croclta (race spelœa). 

Felis LEO (race actuelle). 

Elepuas, d'après un morceau d'ivoire. 

Rhinocéros ticuoruixi s, une seule molaire. 

Equls caballus, restes nombreux. 

Cervls elaphls? d'après une seule phalange. 

Cervls tarandls; c'est l'espèce dominante. 

BOS TAURUS. 

On voit près de Saulges une quatrième grotte, appelée la cave 
de la Bigotte, et plus souvent cave Drouin, du nom d'une [)auvre 
famille qui s'y installa il y a une cinquantaine d'année. Je ne 
crois pas qu'elle ait encore été explorée. 

A la surface des plateaux qui dominent le vallon de l'Erve au- 
dessus de la cave à Margot et de la cave de Rocliefort, on rencontre 
des débris de l'industrie humaine. MM. Perrot et Maillard y ont 
recueilli des silex qu'ils considèrent comme des couteaux, des 
grattoirs, des racloirs, des pointes de lances et de flèches. M. Mail- 
lard m'a écrit qu'il y avait découvert aussi des haches polies et de 
très petits instruments de tatouage ou de chirurgie d'un beau tra- 
vail. Je suppose que les silex taillés ne sont pas rares, car en peu 
de temps M. Perrot en a trouvé plusieurs devant moi. 

Depuis que j'ai visité les grottes de Saulges. M. Chaplain-Duparc 
les a explorées ; il n'est pas douteux que les investigations d'un 
savant aussi expérimenté ne doivent être très-profi labiés pour la 
science. M. l'abbé Maillard a fait aussi d'activés recherches; il 
m'£> annoncé que le propriétaire de la cave de la Chèvre, M. R')hlot, 



lui avait accordé l'autorisation de fouiller les déblais qui sont en 
avant de cette grotte. 11 y a là un mamelon qui a 12 mètres de 
lari>eur et2"\C0 de profondeur. M. Maillard a ouvert une tranchée 
dans toute sa hauteur sur une longueur de 3 mètres ; il y a 
lencontré une multitude de silex taillés et d'ossements d'ani- 
maux, notamment des dents d'éléphants et un bois d'un grand 
cervidé ; c'est surtout vers la partie supérieure de la tranchée 
(ju'il a trouvé des os de rennes. Il a découvert tiois foyers avec 
des charbons et une couche épaisse de 0"',10 remplie d'os cassés 
en menus morceaux qu'il regarde comme des rebuts de cuisine. 



RÉSUMÉ 



Comme l'ont montré les pages qui précèdent, on voit dans la 
Mayenne trois sortes de formations quaternaires au-dessous des 
dépôts superficiels qui appartiennent aux âges de la pierre polie : 

1° Les dépôts stratifiés des carrières de Sainte-Suzanne, où l'on 
a trouvé le Rhinocéros Merckii. Je me demande si leur partie infé- 
rieure ne représenterait point l'âge du Bonlder-clay ; 

2° Le couloir de Louverné, rempli de limon et d'ossements qui 
y ont été transportés par les eaux [Rhinocéros tichorJiinus, Elephas 
in'imigenius, Cervus cdnadensis, etc.). Cette formation me paraît appar- 
tenir à l'âge du diluvium de Paris; 

S" La grotte de Louverné et les grottes de Saulges. Ces tlernières 
renferment des débris de plusieurs époques; cependant les restes 
de l'âge du renne y dominent. Les échantillons qu'on y rencontre 



RKSl'MK. ftl 

ont été pour la plupart apportés, soit par riiomme, soit par les 
animaux, tandis que dans le couloir de Louverné, ils ont été amenés 
naturellement. Il y a encore des incerlitudes sur l'âge des diff('^- 
rents fossiles qui ont été découverts dans les carrières de Sainte- 
Suzanne et dans les grottes de la Mayenne. Au contraire, il est dif- 
licile de douter que les fossiles transportés dans le long et étroit 
couloir de Louverné soient d'une même époque géologique; par 
conséquent ce couloir peut être considéré comme un des gise- 
ments qui permettent de raisonner le plus exactement sur les 
associations des mammifères quaternaires. 

Ce qui me frappe particulièrement dans le couloir de Louverné, 
c'est la preuve que le Felis leo [spelœa) et le Felis leo (race actuelle) 
ont vécu ensemble, que le Bos primifjenius a eu pour comj)agnons 
des bœufs de la taille de nos bœufs actuels, que le Cervm eluphus 
(race actuelle) a été contemporain, dans la même contrée, d'é- 
normes Cei^)us elaphus (race canadensis) . Cela nous montre que 
plusieurs des races des animaux modernes ont pu se former dans 
notre propre pays, et établit des liens très-étroits entre l'époque 
du mammoulli et l'époque actuelle. 

La faune de Louverné est remarquable par l abondance des her- 
bivores, tels que les chevaux, les bœufs et les cerfs; le genre ('dé- 
phant est représenté par le mammouth, l'espèce de proboscidien 
qui, à en juger par le nombre des collines de ses molaires, parait 
avoir été la mieux adaptée pour râper des graminées. Le Rhinocéros 
ticliorhinus qui l'accompagnait a été sans doute essentiellement 
herbivore, car, tandis que la dentition du Rhinocéros Merckii rap- 
pelle beaucoup celle du Rhinocéros bicornis qui, dit-on, vit aux di';- 
pens des arbustes épineux, la dentition du Rhinocéros tichorhinus 
rappelle celle du Rhinocéros simus qui, au rapport des voyageurs, se 
nourrit d'herbes; la rugosité de l'émail de ses dents paraît, ainsi 
que je l'ai fait observer, avoir aidé à fixer une épaisse couche de 
cément; or l'abondance du cément doit indiquer un régime her- 



t')-i UKSUMÈ. 

hivore, puisqu'il sert à proléger l'émail contre le froltenieiil des 
herbes chargées de silice et de sucs acides. Ces remarques indi- 
quent une grande extension des pâturages et s'accordent avec 
(X'iles de M. Belgrand, pour faire supposer que, vers le milieu de 
l'époque quat(;rnaire, nos pays ont été Irès-humides. 



^AIlls. — 



FOSSILES DE S"^^ SUZANNE . 



PL. r. 




Fi^. 1. Hyaena crocuta (race speicea ) . _Fi^. 2. Felis leo ( race actuelle ) . 
Fié. 3, 4 Sus scropha ( race ancienne ) ._ Fig 5, 6, 7. Rhinocéros Merckii 



Grancleur naturelle . 



FOSSILES DE S ^'.^ SUZANNE , 

PL II. 




Arctomys marmotta ( race primigenia ) . 

Grandeur nalurelle . 



FOSSILES DE S"^^ SUZANNE . 

PL . III. 




ArCtOmjS marmotta ( race priTni^enia ) . 

Grandeur naturelle . 



FOSSILES DU COULOIR DE LOUVERNÉ . 



PL . IV 




Hyaena CrOCUta (race spelcea ). 
Grandeur naturelle 



FOSSILES DU COULOIR DE LOUVERNE 



PL . Y. 




Delahaje del. 



Iwp Bec(piet,Icœis . 



i"ig. 1 à 7. Felis leO (race spelaea et race actuelle ) 
FiP, 8 3. FellS parduS ( race antiqua). 



Grandeur naturelle 



FOSSILES DU COULOIR DE LOUVERNE . 



PL . VI. 




Fi^. 10 



tu! car. 



B^. 11. 






Dslahaje del. 



Jmp Becqaet Fsris 



Fig. 1. FellS leO r race spelaea)._Lig. 2^8 CaniS VulpeS 

Fig.9. Canis lupus. _Eg. lo.u. Ursus ferox , 



Grandeur naturelle . 



FOSSILES DU COULOIPvDE LOUVERNÉ . 



PI . VII. 




Delâhâje del. Imp JiecçuetPsrïs 



Hg. 1,2. Mêles taxus._Fi^. j, 4. Arctoioys marmotta ( raceactuelle). 
Rg. 5. Jeune Rhinocéros tichorhinus. 

Grandeur naturelle . 



FOSSILES DU COQLOIRDE LÛUVERNÉ . 



PL . VIII. 




Imji .Becquet.Tsris . 



Rhinocéros tichorlimus . 

Grandeur naturelle . 



FOSSILES DU COULOIR DE LOUVERNE 



PL.X. 




Delahaye del. 



Imp.Becjcet Paris 



Fid.l. Sus SCropha._ Fi^. 2 , 3 . CervUS elaphuS ( race canadensis J 

Rg. 4. Cervus elaphus, ( race europeeTine)._Fi^. 5.6.7. Cerviis tarandiis . 

Kg. 8,9. Oiseau de proie. 

Les figures 3 et 8 sont a-^ de la gmat ; les autres figures sont de gr.nat. 



FOSSILES DE LA GROTTE DE LOUVERNÉ . 



PL. XI. 




Le. 1,2,3 4. Dents huTnaines._Rg.5,D. Silex tailles._Fig, 7. Cams vulpes. 
Fi^. 8,9. Hjasna crocuta (race spelœa)._Pi^.io,ii, Cervus tarandus. 



Grandeur -naturelle 



SECOND FASCICULE 



DE L'EXISTENCE DES SAÏGAS EN FRANGE 

A L'ÉPOQUE QUATERNAIRE 



9 — 1880 



DE L'EXISTENCE 

DES 

SAÏGAS EN FRANCE 

A L'ÉPOQUE QUATERNAIRE 



Les bords charmants de la petite rivière de l'Angoumois qu'on 
appelle la Tardoire, comme ceux de la Vézère dans le Périgord, 
ont été longtemps pour nos aïeux des séjours de prédilection. 
Ces hommes qui, au milieu des difficultés si nombreuses dont ils 
étaient entourés, ont laissé les preuves de leurs tendances artis- 
tiques sur les ossements des rennes et l'ivoire des mammouths, 
semblent avoir recherché les sites où la nature présente ses plus 
beaux paysages. Lartet, Ghristy, le marquis de Vibraye, MM. Mas- 
sénat, Philibert Lalande et d'autres encore ont exhumé les restes 
de l'industrie humaine et les os des animaux qui sont ensevelis 
dans les abris sous roche des bords de la Vézère. Les débris enfouis 
sur les rives de la Tardoire ne sont peut-être pas beaucoup moins 
nombreux, mais, jusqu'à présent, ils ont moins attiré l'attention 
du monde savant. 

C'est l'abbé Bourgeois qui, le premier, s'est occupé activement des 



6 FOSSILES QUATERNAIRES. 

gisements qualernaires de l'Angoumois ; la mort de cet homme très 
instruit et en môme temps si bon que nul ne pouvait le connaître 
sans l'aimer, est une grande perte pour notre science. En 1865, 
il avait été explorer, avec M. l'abbé Delaunay, une grotte située 
auprès du château de Lachaize, qui appartient à M. de Bodard. 
Il avait ensuite fait des recherches à Rochebertier (1). Plus récem- 
ment, M. l'abbé Delaunay a continué seul les travaux qu'il avait 
entrepris avec l'abbé Bourgeois; il a bien voulu me faire assister 
cà ses fouilles dans les grottes de Bois-du-Boc et dans l'abri sous 
roche du Placard à Rochebertier. M. Fermond a formé à La Roche- 
foucauld une remarquable collection d'objets de l'industrie 
humaine et de débris d'animaux trouvés surtout à Rochebertier et 
à Vilhonneur; il a publié une note sur les résultats de ses décou- 
vertes (2), Un ancien jurisconsulte, M. Paignon, a fouillé avec 
succès les grottes qui sont dans son domaine si pittoresque de 
Mongaudier. En 1877, M. de Bodard a repris les explorations 
commencées douze ans auparavant dans la grotte de Lachaize. 
Enfin, M. de Maret a réuni de très nombreux objets provenant des 
abris sous roche des bords de la Tardoire et principalement de 
celui du Placard, à Rochebertier. 

Au point de vue paléontologique, on peut rapporter à trois 
époques les couches des bords de la Tardoire où l'on trouve des 
traces de l'homme. 

1. Age du mammouth ou âge des animaux éteints. — Il est 
représenté par la couche inférieure de la grotte de Lachaize, par 
le fond de la grotte du Bois-du-Roc ; une des grottes de jMongaudier 
a fourni à M. Paigiion des débris de la même époque. On a ren- 

(1) Bourgeois et Delaunay. Notice sur la grotte de Lachaize (extrait de la Revue 
archéologique. Paris, in-8, 1865). — Grotte de Rochebertier {Matériaux pour l'histoire 
primitive de l'homme, \'o\. X, p. 191, 1875). 

(2) Un extrait de cette note a paru sous le titre de Notice sur les âges de la pierre et du 
bronze dans la vallée delà Tardoire, Charente {Matériaux pour l'histoire primitive 
de l'homme, 2« série, vol. V, p. 5, 1874). 



DE l'existence DES SAÏGAS EN FRANCE. 67 

conlré quelques silex taillés dans la partie inférieure des grottes, 
mais on n'y a encore découvert ni sculptures, ni gravures; 
MM. Bourgeois et Delaunay ont recueilli dans la grotte de Lachaize 
un os gravé qu'ils avaient d'abord supposé provenir de la couche 
où sont les débris des espèces éteintes; depuis, ils ont reconnu 
qu'il devait appartenir aux couches de l'âge du renne, placé au 
dessus. D'après les pièces que j'ai vues chez MM. de Bodard, Fer- 
mond, Paignon, Bourgeois, Delaunay et celles que M. de Bodard 
m'a envoyées dernièrement au Jardin des plantes, je peux citer 
les espèces suivantes comme ayant été trouvées dans les couches 
inférieures : 

Hijœna crocuta (race spelœa). 
Ursiis spelœns. 

Elephas primigenius^ petit, à molaires dont les lames sont 

serrées. 
Rhinocéros tichorhinus. 
Equiis cahallns. 

Bovidés de grande taille (race quaternaire). 

Cerviis elaphus (race canadensis de la plus grande taille), 
d'après une énorme mâchoire supérieure et des bois de 
mue avec les deux andouillers basilaires. 

Ces animaux qui vivaient sur les rives de la Tardoire ont été, je 
pense, contemporains de ceux de l'abri sous roche du Moustier. 
Les bords de la Vézère, ainsi que ceux de la Tardoire, ont vu VUrsus 
spelœus, VHjjœna crocuta (race spelœd), \ Elephas primujenim et de 
nombreux chevaux; le renne, dit-on, s'est trouvé nu Moustier, 
mais très rarement. 

Il importe de noter que jusqu'à présent il est difficile de tracer 
une démarcation nette entre l'âge où les espèces aujourd'hui 
éteintes étaient encore nombreuses et l'âge du renne ou des 
espèces émigrées. La destruction des espèces et des races fossiles 



68 FOSSILES QUATERNAIRES. 

parait s'être faite peu à peu. Les personnes qui ont fouillé dans 
l'Angoumois et dans le Périgord, ne peuvent y établir de distinction 
entre les grottes de haut et de bas niveau ; M. Massénat m'a montré 
au Moustier une grotte, située très près du niveau actuel de la 
Vézère, où il a trouvé les mêmes silex taillés que dans l'abri sous 
roche du Moustier, type du Moustiérien de M. de Mortillet. Les 
dépôts quaternaires qui ont été jusqu'à présent observés dans cette 
partie de la France, out été formés après le creusement des vallées ; 
je ne pense pas que les plus anciens d'entre eux remontent plus 
loin que notre diluvium de Grenelle ou de Levallois. 

2. Age du renne. — Ce sont surtout les dépôts de l'âge du renne 
qui ont été exploités dans la Charente. Les grottes de Mongaudier, 
de Lachaize, de Bois-du-Roc et principalement l'abri sous roche 
du Placard à Rochebertier, ont fourni une multitude de débris. 
MM. Delaunay, de Bodard, Fermond, Paignon et de Maret en ont 
de très belles séries. Ils ont particulièrement réuni des objets tra- 
vaillés par l'homme : silex des types nommés couteaux, grattoirs, 
rasoirs, perçoirs, pointes de flèches; nucléus; dents percées pour 
être suspendues; bois de renne ou os disposés en jolies aiguilles, 
en poinçons, flèches, lissoires et ces instruments qu'on a appelés 
bâtons de commandement, mais que M. Pigorini suppose avoir été 
simplement des pièces servant à l'attelage des bêtes de somme. 
Beaucoup d'os sont ornés de fines gravures; cependant on n'y a 
remarqué encore qu'un petit nombre de représentations d'ani- 
maux. Un morceau de bois de renne sculpté, découvert par 
MM. Bourgeois et Delaunay à Rochebertier, a été considéré comme 
un essai de représentation de figure humaine. On a recueilli de 
nombreuses coquilles, soit d'espèces actuelles, soit d'espèces fos- 
siles, qui ont été apportées dans les grottes par les chasseurs de 
rennes; M. le docteur Fischer a donné sur elles de curieux détails. 
Je n'ai vu qu'un seul fragment de squelette humain, c'est une dent. 
Au milieu des cendres, des charbons, des résidus de cuisine, on a 



DE l'eXISTENCK des SAÏGAS EN FRANCE. 09 

rencontré une profusion d'os d'oiseaux et de mammifères; tous 
ceux qui renfermaient de la moelle ont été brisés. Parmi les ani- 
maux dont on m'a montré les restes, je citerai : 

Hyœna crocuta {spelœa). Je ne suis pas certain que ses 
débris proviennent des mêmes couches où abondent les 
os du renne. 

Ursus ferojc, d'après des canines et des os des pattes un 
peu plus grands que ceux (ï Ursus arctos^ moins trapus 
que ceux de V Ursus spelœus. 

Canis lupus. 

Canis vulpes. 

Lepus timidus, 

Lepus cuniculus. 

Equus cabaUus. 

Equus asinus? très rare. 

Elephas primigenius, très rare. 

Bovidés de la taille des grandes races quaternaires. 

Bison europœus. 

Cervus tarandus, c'est de beaucoup l'espèce dominante. 
Cervus elaphus, d'assez grande taille. 
Saiga tartarica. 
Capra ibex. 

M. de iMaret m'a dit que M. Milne Edwards avait aussi reconnu 
parmi les fossiles de la Charente : Arvkola amphibius, Arvicolu 
agrestîsl Spermophilus et Putorius erminea. 

Ces animaux ont eu sans doute pour contemporains ceux des 
bords de la Vézère, dont on trouve les débris dans les abris sous 
roche de la Madeleine, des Eizies, de Laugerie-Basse que M. de 
Mortillet rapporte à son étage magdalénien. D'après ce que j'ai 
vu dans la collection de M. Massénat, les curieux spécimens de 
l'art humain qui ont si justement rendu célèbre Laugerie-Basse, 



70 FOSSILES QUATERNAIRES. 

ont été recueillis à côté des débris des mammifères suivants : 



Hyœna crocuta {spelœa). J'en ai remarqué trois dents. 
Canis lupus. 
Canis vulpes. 

Ursus. J'ignore l'espèce. 
Felis leo (race spelœa) . 
Scivriis vulgaris. 
Lepiis thnidus. 

Elephas primigenius (vertèbres, parties de bassin, éclats 
de gros os des membres, une défense, de nombreux 
objets en ivoire sculpté, une molaire à lames très fines 
et serrées qui présente le type extrême du mammouth). 

Eqims caballus. Ses restes sont très abondants. 

Bovidés de grande et de moyenne taille. 

Cervus elaphus, race ordinaire et race canadensis de très 
grande taille. 

Cervus tarandus; c'est l'espèce dominante; ses restes se 
trouvent en profusion. 

Riipicapra europœa. 
Saïga tariarica. 

3. Age de la pierre polie. — C'est surtout auprès de la grotte 
de Bois-du-Roc, que les explorateurs de l'Angoumois ont trouvé 
des dépôts de l'âge de la pierre polie (1). Il y a une brusque sépa- 
ration entre ces dépôts et ceux de l'âge du renne. L'abondance des 
morceaux de poterie et la nature des instruments les font de suite 
reconnaître. On n'y rencontre plus de traces des animaux dont 
les espèces sont aujourd'hui émigrées, comme le renne, le saïga 
ou les grands bovidés. Les mammifères qui m'ont paru les plus 

(1) MM. Bourgeois, Delaunay, Fermond et de Maret ont publié sur les formations néoli- 
thiques de la Charente des noies qui ont été insérées dans les Matériaux pour l'histoire de 
rhomme. 



DE l'existence DES SAÏGAS EX FRANCE. 71 

abondanls sont le cochon, le cheval, le cerf élaplie ordinaire et un 
bovidé qui ressemble bien à nos petites vaches bretonnes. 

Je n'entreprendrai pas de décrire les diverses espèces qui ont 
été trouvées dans les gisements des rives de la Jardoire et de la 
Vézère. Je veux seulement donner quelques renseignements sur 
les restes des saïgas qui ont vécu à l'âge du renne. 



L'Europe a nourri des antilopes, belles, grandes et variées, pen- 
dant une partie des temps miocènes et pliocènes ; mais de nos jours 
elle n'en a plus que deux espèces : le chamois et le saïga; encore 
ces animaux ont-ils dû fuir loin de nos populeuses cités. Le 
chamois, qui se rapproche de la chèvre par ses pattes, et est 
comme elle un habile grimpeur^ a pu rester dans nos pays en se 
réfugiant sur les montaones inaccessibles aux autres êtres. Le 
saïga, qui a des pattes moins fortes proportionnément à l'ensemble 
du corps, mais très fines et bien disposées pour une course rapide, 
habite encore les plaines; on dit qu'il se promène depuis les fron- 
tières de la Pologne jusqu'à l'Âllaï; cependant il préfère à la 
richesse des pâturages où l'homme le rencontrerait, la pauvreté 
des steppes de la Russie où il erre en liberté; là, il forme des troupes 
qui comptent des milliers d'individus. Il y a plus de cent ans, 
Pallas a donné une excellente description de cet animal (1), et 
récemment ^I. Mûrie a fait une étude approfondie de ses caractères 
analomiques (2). 

• A l'âge du renne, il y avait en France des saïgas. C'est Édouard 
Lartetquilepremier y a signalé leurs vestiges (3). ]Mais cet habile 

(1) Pallas. Spicilegia zoologica, fascicule p. 21, pl. I, II, III, in-i. Berlin, 1777. 

(2) James .Mûrie. Onthe SuUja Antelope, Saiya tartarica, Pall. {Proced. of tJie zoolo- 
(jical Society of London, for the year 1870. London). — Trois ans avant, M. Wolf avait 
donné à la Société zoologique un dessin de saïga. {Proceed. of the Zoological Society of 
London, pl. XVII, 1867.) 

(3) Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 27 juin I86i. 

10 — 1880 



IZ FOSSILES QUATERXAIHES. 

paléontologiste ne vit que des chevilles de cornes; il en conclut 
que sans doute le saïga n'avait pas vécu dans notre pays, et que, si 
on en trouvait des cornes, c'est parce que nos ancêtres se les procu- 
raient par voie d'échange avec quelque peuplade étrangère. Voici 
les paroles de Lartet : « J'ai pu m! assurer que , dans le nombre j)resque 
incalculable d'os du diluvium et de 7ios cavernes de France qui, dans les 
dix dernières années^ ont passé sous mes yeux^ Une s'est pas trouvé, ou 
tout au moins, je naifu reconnaître ni fragment de maxillaire, ni dents 
détachées, ni même un seul frar/ment cF os des extrémités qui pût être rap- 
porté au sdiga, bien que j'aie eu à ma disposition des noyaux de cornes 
toujours isolées et provenant de six à sept localités différentes. Un seul 
morceau plus considérable, une portion de frontal encore surmontée des 
deux noyaux osseux de ses cornes, a été extrait par M. Gaillard de la 

Dionnerie de la célèbre grotte de Chaffaut près Civray {Vienne). 

Comment alors faire accorder cette rencontre assez fréquente des prolon- 
gements frontaux du sdiga, dans les cavernes de notre France centrale et 
méridionale, avec l'absence complète de toute autre partie du squelette de 
l'animal, si ce n'est en admettant que ces cornes de sdiga, longues, solides 
et pointues constituaient une arme puissante que nos chasseurs de rennes 
du Périgord se procuraient probablement par voie cl échange ou de toute 
autre transaction commerciale avec des peuplades chez lesquelles cette 
espèce d' antilope se serait trouvée indigènel {^\) » 

Depuis Lartet, plusieurs personnes ont trouvé des cornes de 
saïga sur les bords de la Yézère et de la Tardoire; M. Emile Car- 
tailliac m'a écrit récemment qu'il en avait rapporté d'un abri sous 
roche à Bourdeilles (Dortlogne). Lyell a compris le saïga dans la 
liste des fossiles recueillis cà Bruniquel auprès de ^Montauban (2). 
M. Dupont a découvert en Belgique dans le trou de Chaleux, qui 

(1) E. Lartet. Remarques sur la faune de Cro-Magnon, d'après les débris osseux décou- 
verts soit dans la sépulture humaine, soit dans les restes de foijers placés à proximité. 
Cette note est une traduction des Reliquiœ Aquitanicœ, in-4. 1-ondon, 1869. 

(2) The fjeolofjical Evidence ofthe Antiquity of man, p. 142, 4« édition, in-8. Londres, 
1873. 



DE l'existence DES SAÏGAS EN FRANCE. 73 

appartient à l'âge du renne, une partie de la tête avec les chevilles 
des cornes (1) ; Paul Gervais a attribué avec doute au saïga une 
extrémité inférieure de canon brisé provenant des fouilles de 
M. Piette dans la grotte de Gourdan, près Montrejeau (Haute-Ga- 
ronne); il a remarqué parmi les pièces si curieuses retirées de 
celte grotte un os sur lequel une tête de saïga est gravée ; « on voit 
dit-il, sur cet os la tête dune antilope pourvue de cornes que ses carac- 
tères, forme générale, renflement prohoscidif orme du museau, disposition 
et cannelures des cornes, ne permettent de rapporter qu'au saïga (2) . » 
M. Arcelin a cité le saïga comme ayant été trouvé avec le grand 
Felis, VUrsus spelœus, la grande hyène dans les couches les plus 
anciennes de l'éboulis deSolutré (â). 

Lors d'une excursion que j'ai faite dans l'Angoumois, j'ai été 
frappé du grand nombre de débris de saïgas qui existe dans la col- 
lection de M. Fermond à La Rochefoucauld, et j'ai remarqué qu'il 
n'y avait pas seulement des chevilles de cornes, mais aussi des 
mâchoires et des os des diverses parties du corps. J'ai fait la même 
observation dans le Périgord en examinant la collection de M. Mas- 
sénat à Brive. M. de Maret m'ayant communiqué les résultats de 
ses intéressantes recherches dans la grotte du Placard à Rocheber- 
tier, je le priai de me confier les restes de saïgas qu'il possédait; il 
me les a très libéralement donnés pour le Muséum. Parmi les 
pièces que nous devons à sa générosité, je compte des cornes qui 
appartiennent à sept individus et des dents qui se rapportent à 
neuf individus (h) ; il y a aussi plusieurs os des membres; les cornes 
ne sont pas plus nombreuses que les autres parties. Il faut donc 

(1) C'est d'après ce morceau que M. Dupont a cité le saïga parmi les animaux du trou 
de Chaleux qui ont été mangés par l'homme {Les temps préhistoriques de la Belgique, 
p. 169, in-8, '2'= édition. Paris, 1872). 

(2) Gervais. Journal de zoologie, vol. II, p. 230, 1873. 

(3) Adrien Arcelin. Les formations quaternaires aux environs de Màcon {Matériaux 
pour l'histoire de Vhomme, 2= série, vol. VllI, p. 112, 1877). 

(4) Comme les femelles des saïgas n'ont pas de cornes, ou devra trouver moins de cornes 
que d'os des autres parties du corps. 



74 FOSSILES QUATERNAIRES. 

admettre qu'à l'âge du renne, il y avait dans notre pays des saïgas ; 
ces animaux doivent être ajoutés à la liste des espèces qui ont dis- 
paru de la France à une époque récente. Ils ont été mangés; leurs 
crânes et leurs os des membres sont brisés comme ceux des 
rennes au milieu desquels on les rencontre. Il est vraisemblable 
que ce n'étaient pas des animaux élevés en domesticité, car l'usure 
de leurs dernières molaires indique que la plupart étaient plus 
vieux que les bestiaux actuels, employés à notre nourriture. 

Si en dehors des cornes, les restes des saïgas ont en général 
échappé à l'attention des naturalistes qui ont exploré les gisements 
quaternaires, c'est,je pense, parce qu'on a confondu leurs mâchoires 
avec celles des bouquetins {Capra ibex) et leurs os des membres 
avec ceux des chamois {Rupicapra europœa), qu'on rencontre dans 
les mêmes dépôts (1). En effet les saïgas se rapprochent des mou- 
tons et des capridés par leur dentition, des antilopes par leurs 
pattes. Dans son excellent mémoire sur les saïgas vivants, M. Mur- 
ray a bien fait ressortir ces rapports : « The saiga, a-t-il dit (2), 
mai) be regarded as an Antilopine S/teop, not absohitehj a S/teep. » 

Voici comment les géologues pourront reconnaître les pièces des 
saïgas qu'ils trouveront dans les dépôts de l'âge du renne : 

Les chevilles des cornes (pl. XII, fig. 1, 2) se distinguent de 
celles des bouquetins parce qu'elles s'épaississent davantage au 
point où commence leur étui, parce qu'elles ont de bien plus fortes 
cannelures longitudinales, parce qu'elles sont plus arrondies, plus 

()) Il y a encore des doutes sur les caractères des Capra que l'on trouve clans les gise- 
ments de l'âge du renne. Leurs dents sont plus grandes que celles des chèvres ordinaires 
{Capra hircus); elles ont la même taille que celles des bouquetins (Capra ibex); les che- 
villes de leurs cornes (celles du moins que j'ai vues) sont plus petites que celles des bou- 
quetins, mais plus celluleuses et moins plates que celles des chèvres ordinaires. Peut-être 
quelques-uns de ces animaux représentent la transition entre les bouquetins et les chèvres 
proprement dites qui ont des cornes plus petites et plus comprimées. S'il en était ainsi, 
on jiourrait en faire une race particulière sous le nom de race primigenia, que Paul Gervais 
avait proposée d'une manière très dubitative. Mais sans doute il y a eu aussi de vraies Capra 
ibex. 

(2) Mémoire cité, p. 503. 



DE l'existence DES SAÏGAS EN FRANCE. "5 

pointues à leur extrémité et moins obliques en arrière. On ne peut 
les confondre avec celles des chamois, car ces dernières sont plus 
minces, comparativement à leur longueur, insérées plus verticale- 
ment sur le crâne et bien moins sillonnées. 

Les dents des saïgas (pl. Xll, fig. 3, !i, pl. Xlll, fig. 6, 7, et pl. XIV, 
fig. 1-6) diffèrent de celles des chamois (pl. Xlll, fig. S, 9), 
non seulement par leurs dimensions plus fortes, mais aussi par 
leurs formes qui s'écartent bien pins de celles des antilopes 
ordinaires pour se rapprocher de celles des caprides. 

La mâchoire inférieure de nos saïgas quaternaires se distingue 
de celle des bouquetins (pl. XIII, fig. /ï,5), dont les débris se trou- 
vent mêlés avec les leurs, par les caractères suivants : 

j° Les denticules internes des molaires, qui, déjà chez les bou- 
'quetins, sont plus comprimés que chez les antilopes, sont encore 
plus comprimés dans les saïgas quaternaires; il en résulte qué le 
creux laissé entre les denticules internes et externes a complète- 
ment perdu la disposition en croissant qui caractérise en général 
les ruminants; il a prisune forme allongée (pl. XII, fig. 3etpl. XIII, 
lig. 6). Il en résulte aussi que la muraille interne des molaires des 
saïgas a un aplatissement tout à fait insolite qui permet de recon- 
naître ces dents au premier abord (pl. XII, fig. 4 et pl. XIII, fig. 7). 
En vérité, il est impossible d'imaginer un tj'pe de dentition de 
ruminant parvenu à une plus grande divergence; à Aoir les den- 
ticules internes des molaires des saïgas quaternaires (pl. XIII, fig. 6), 
on a peine à s'imaginer qu'ils ont dû, chez les anciens animaux 
tertiaires, avoir la formé des mamelons arrondis du type cochon, 

2° Les prémolaires des saïgas quaternaires sont réduites à deux 
sur chaque mandibule (pl. XIII, fig. 6, 7 et pl. XIV, fig. 6), au lieu 
qu'il y en a trois chez les bouquetins (pl. Xlli, fig. k, 5). 

o° Les prémolaires sont, non seulement moins nombreuses, 
mais aussi plus petites que chez les bouquetins. Quoique les bou- 
quetins aient leurs prémolaires plus raccourcies que celles des 



70 FOSSILES QUATERNAIRES. 

nnlilopes et des cerfs, leur dernière prémolaire (pl. XIII, 
fig. Il, U p.) a ses quatre denlicules Lien marqués; au contraire, 
chez le saïga, les denticules sont très atténués; la dernière prémo- 
laire, Il p., est plus petite que la première molaire 1 a. ; celle-ci est 
plus petite que la seconde 2 qui, à son tour, est notablement 
plus petite que la dernière 3 a. Ces caractères donnent aux mandi- 
bules des saïgas un aspect particulier. 

A la mâchoire supérieure des saïgas (pl. XIV, fig. 1,2), la seconde 
molaire de laitS se distingue de celle des bouquetins, parce que 
son lobe antérieur est plus étroit que le postérieur, tandis que, 
chez les bouquetins, il y a peu de différence entre les deux lobes. 
On voit, planche XIV, figures li, 5, une mâchoire supérieure d'un 
individu adulte qui n'a que deux prémolaires persistantes (1) et, 
figure 3, une mâchoire qui porte les marques de trois prémolaires. 

En général, les caractères des molaires supérieures des saïgas 
sont bien moins accusés que ceux des molaires inférieures. i\Iais, 
pour peu que l'os où elles sont engagées soit conservé, on recon- 
naîtra le saïga (pl. XIV, fig. 1, 3, U), car l'énorme ouverture nasale 
de ce ruminant amène de notables changements dans la forme des 
trois os qui bordent le nez chez la plupart des autres animaux; 
l'inter-maxillaire est très raccourci, le maxillaire est abaissé et le 
nasal ne s'avance qu'au niveau de la première arrière-molaire. 

Les os du squelette (pl. XIV, fig. 7, 8 et pl. XV, fig. 1 , /i, 5, 6, 7) 
sont à peu près de môme grandeur que ceux des chèvres avec des 
formes plus grêles. C'est évidemment avec les pattes des chamois 
que les pattes des saïgas ont dû être plus facilement confondues. 
Comme ces animaux ont le poil extrêmement épais, surtout lors- 
qu'ils sont en robe d'hiver, leurs membres paraissent plus forts 
qu'ils ne le sont réellement; leurs os des pattes sont minces et 

(1) Chez les mastodontes, comme chez les saïgas, les trois molaires inférieures Je lait 
ne sont remplacées que par deux prémolaires. Quelquefois chez les moutons il n'y a que 
deux prémolaires inférieures sur chaque mandibule; mais c'est là un fait rare. 



DE l'EXISTE>XE des SAÏGAS EN FnANCE. 77 

effilés. Les canons des membres de devant (pl. XV, fig. 5) sont nn 
peu plus allongés que chez les moutons et les chamois, à plus forte 
raison que chez les bouquetins; leur région digitale est moins 
élargie que dans les capridés et la fente /. qui sépare les poulies 
du troisième et du quatrième métacarpien, est plus étroite; le 
trou t. de la face antérieure est pins bas. Comme on devait le pré- 
sumer, d'après l'inspection de la face digitale des canons, les 
doigts des bouquetins, des moutons, et même des chamois, sont 
plus épais que dans les saïgas; les rainures d'emboîtement de leurs 
phalanges (pl. XV, fig. 2, 3) sont moins excavées; elles marquent 
quelque tendance vers le type de leurs ancêtres du groupe cochon; 
ces différences sont bie» légères, cependant elles seront percepti- 
bles aux yeux de tout évolutionniste. Les canons des membres 
postérieurs des saïgas (pl. XV, fig. 1, h) se distinguent, ainsi que 
ceux des membres de devant, d'avec ceux des bouquetins (pl. XV, 
fig. 2), des chamois (pl. XV, fig. 3) et des moutons parce qu'ils sont 
plus longs et moins larges; ils ont aussi leur trou antérieur placé 
plus bas. La rainure r. qui correspond à la séparation du troisième 
et du quatrième métatarsien, est plus marquée que dans le chamois 
(pl. XV, fig. 3), que dans le bouquetin (fig. 2) et surtout que dans 
le mouton. Chez ce dernier, il n'y a le plus souvent aucune trace 
de rainure; cependant le Muséum a le squelette d'un mouton du 
Cap où la rainure existe. 

En comparant les pièces des saïgas quaternaires avec celles des 
saïgas vivants qu'il m'a été donné d'étudier, je fais les remarques 
suivantes : 

Les saïgas quaternaires et actuels ont la même taille. 

Les molaires de nos saïgas quaternaires ont plus de cément que 
celles des saïgas actuels que j'ai vus. 

Les molaires inférieures de nos saïgas quaternaires ont leurs 
denticules internes plus comprimés et leur muraille interne est 
encore plus aplatie. 



78 FOSSILES QUATERNAIRES. 

Les rainures des canons, qui représentent la séparation du troi- 
sième et du quatrième métatarsien, sont plus marquées sur nos 
saïgas fossiles que dans les vivants. 

Je n'ai pas assez de spécimens de saïgas actuels pour décider si 
ces différences tiennent à l'âge, sont individuelles, ou bien indi- 
quent une race de saïgas, qui, s'étant trouvés dans des conditions 
spéciales, ont pris des caractères particuliers. 

Ce qu'il y a de certain, c'est que le cément abondant des 
molaires, la transformation complète de leurs denticules en lames, 
et la diminution des prémolaires donnent aux saïgas fossiles, dont 
j'ai eu l'occasion de faire l'étude, l'aspect d'animaux qui ont été 
modifiés pour un régime exclusivement herbivore. Les antilopes, 
qui les ont précédés dans les temps tertiaires, avaient besoin de 
leurs prémolaires pour couper les bourgeons et les branches 
des arbres angiospermes dont notre pays était couvert; mais si, 
pendant la période glaciaire, les bois d'arbres verts et les steppes 
ont remplacé les bois d'angiospermes, les antilopes ont été ré- 
duites à manger des herbes, et alors peut-être leurs prémo- 
laires ont perdu de leur importance. Les saïgas ne sont pas les 
seuls animaux quaternaires qui suggèrent la possibilité de trans- 
formations. Par exemple il est naturel de penser que VUrsus spelœus 
est un Carnivore qui a perdu les mœurs sanguinaires de ses ancê- 
tres; car, tandis que ses tuberculeuses sont devenues très grandes 
et aussi mousses que des dents de cochon, la plupart des prémo- 
laires destinées chez les carnivores à couper la chair, ont disparu. 
Les éléphants, qui ont habité les derniers notre pays, sont les 
mammouths, dont le corps était couvert d'une laine épaisse et dont 
les molaires, formées de lames très serrées, recouvertes d'un 
épais cément, sont très bien disposées pour triturer des graminées; 
ne peut-on pas croire que ces mammouths sont des éléphants, qui, 
se trouvant pendant l'époque glaciaire dans les prairies du centre 
et du nord de l'Europe, ont pertlude plus en plus la disposition 



DE L EXISTENCE DES SAÏGAS EN FRANCE. 79 

omnivore de leurs ancêtres les mastodontes pour présenter le type 
le plus parfait d'une dentition de proboscidien herbivore? Le 
Rhinocéros tkhorhims dont la dentition a aussi un cachet plus her- 
bivore que celle de tous les autres rhinocéros fossiles, n'est-il pas 
un pachyderme qui a cessé de se nourrir des buissons coriaces des 
régions chaudes pour brouter dans les herbages de nos pays? Le 
curieux Elasmotherhim^ que Brandt vient de nous faire connaître, 
n'est-il pas quelque rhinocéros transformé pour un régime exclu- 
sivement herbivore? Ainsi, non seulement il y aurait eu pendant 
les temps quaternaires des animaux tels que les hyènes, les lions, 
les bœufs, les aurochs, les cerfs dont la taille se serait grandement 
modifiée, mais encore il y aurait eu des changements d'espèces. 
Ce n'est là, je l'avoue, qu'une simple supposition, mais cette sup- 
position n'a rien que de vraisemblable, car les harmonies de la 
nature veulent que les changements du monde organique aient 
coïncidé avec ceux du monde physique. 

EXPLICATION DES FIGURES. 
Planche XII. 

Les figures sont de grandeur naturelle. Elles sont faites d'après des 'pièces de Saiga 
tartarica trouvées par M. de Marel à Rochebertier. 

Fig. 1. — Cheville de corne de saïga vue sur le côté interne : t. s. trou 
sourciller; f. frontal; s. p. suture du frontal et du pariétal; c. empreintes 
des circonvolutions du cerveau. 

Fig. 2. — Cheville de corne d'un autre saïga vue de face : s. f. suture des 
frontaux; or. orbite ; t. s. trou sourciller. 

Fig. 3. — Arrière-molaires inférieures de saïga vues en dessus : 2 a. se- 
conde arrière-molaire; Sa. troisième arrière-molaire; I. i. denticules du 
côté interne ; E. e. denticules du côté externe. 

Fig. -4. — Dernière arrière-molaire Inférieure de saïga représentée sur la 
face Interne pour montrer l'union Intime des denticules Internes I. i. qui 
forment une muraille presque uniforme; cr. crête du denlicule antérieur 
interne. 

11 — iS80 



80 



FOSSILES QUATERNAIRES. 



Planche XIII. 

On a réuni dans cette planche des dessins de mandiijules gauches de cerf, de renne, de 
chèvre, de chamois et de saïga, pour montrer leurs différences. Sauf la figure 1 qui est 
aux deux tiers de grandeur, toutes les figures sont de grandeur naturelle. Les mâchoires 
ont été mises dans la même position et leurs denticules homologues ont été indiqués 
par les mêmes lettres pour qu'on puisse mieux suivre leurs modifications : 1. est le den- 
ticule interne du premier lobe; i. est le denticule interne du second lobe; E. est le 
denticule externe du premier lobe; e, est le denticule externe du second lobe. Comme 
l'étude des ruminants tertiaires prouve que la première prémolaire des ruminants 
actuels n'est en réalité que la seconde, je l'ai marquée comme seconde prémolaire 2p, 
et j'ai appelé 3 p., Ip. les deux prémolaires qui suivent; la., "la., 3 a. sont les trois 
arrière-molaires. 

Fig". 4. — Mandibule gauche d'un Cervus megaceros du quaternaire de 
l'Allier; elle est vue en dessus, du côté externe; une mandibule d'un cerf 
élapbe donnerait la même apparence de dentition. On voit dans les prémo- 
laires Sp., Ap. les denticules du second lobe I. et e. qui se sont placés obli- 
quement; d. denticules inter-lobaires. 

Fig-. 2. — Mandibule gauche d'un renne de Laugerie-Bassc dessinée en 
dessus, du côté externe; on voit dans les prémolaires les denticules i. qui 
sont rapetissés et les denticules e. qui sont restés isolés. 

Fig. 3. — Même mandibule dessinée sur la face interne ; outre les denti- 
cules internes \ on aperçoit sur plusieurs dents les prolongements des 
denticules externes E. e. 

Fig. 4. — Mandibule gauche de Capra ibex trouvée par M. de Maret dans 
l'abri sous roche de Rochebertier ; elle est représentée en dessus, du côté 
externe ; on voit que les prémolaires sont relativement moins allongées que 
dans les cervidés et que la dernière prémolaire A p. a ses denticules i. e. 
plus réduits. 

Fig. 5. — Même mandibule dessinée sur la face interne ; les denticules 
externes e. des seconds lobes des arrièi^e-molaires se prolongent sur le bord 
interne ; on remarque dans l'avant-dernière prémolaire Sp. un rudiment de 
denticule interne 1. du premier lobe qui est en train de disparaître, 

Fig. 6. — Mandibule gauche de Saiga tarlarica qui a été trouvée par 
M. de Maret dans l'abri sous roche de Rochebertier; on voit une diminution 
des prémolaires encore plus visible que dans les capridés; il n'y a plus de 
trace de la prémolaire 2 jj. et les prémolaires 3 p., Af. sont très amoindries. 



DE l'existence DES SAÏGAS EN FRANCE. 



81 



Fig. 7. — Même mandibule représentée sur la face interne; le (lenticule 
externe du second lobe se voit en e. dans la seconde arrière-molaire. On 
peut remarquer sur toutes les dents un extrême aplatissement des denti- 
cules I. i. ; il apparaît encore mieux quand les dents ont été débarrassées 
de l'épais cément qui les couvre. En comparant cette disposition avec celle 
des Capra ibex (fig. 5) et surtout des cervidés (fig. 3), on sera frappé de sa 
différence. 

Fig. 8. — Mandibule gaucbe de Rupicapra eiiropœa trouvée par M. Brun 
à Bruniquel et donnée par lui au Muséum; elle est vue en dessus. 

Fig. 9. — La même vue du côté interne pour montrer qu'elle se distingue 
facilement de celle du saïga, non seulement par ses trois prémolaires, mais 
aussi par ses denlicules I. i. moins comprimés. 



Planche XIV. 

Les figures sont de grandeur naturelle. Elles sont faites d'après des pièces de Saiga 
tartarica trouvées par M. de iMaret à Rochebertier. 

Fig. i. — Maxillaire gauche d'un'jeune individu vu par le côté externe ; 
le bord de l'ouverture nasale o. n. suffit pour reconnaître que cette pièce 
est d'un saïga; si le maxillaire n'était pas d'un saïga, le bord o. n. serait 
recouvert en avant par l'inter-maxillaire et en arrière par le nasal; on voit 
en .S'. 0. les trous sous-orbitaires, en s. l. la suture du lacrymal, en s. j. la 
suture du jugal; 2 m., 3 m., A m. molaires de lait; 1 a. première arrière- 
molaire. 

Fig. 2. — Même pièce vue en dessous ; s. p. suture du maxillaire avec le 
palatin ; 2 m., 3 m., 4 m. molaires de lait ; 1 a. première arrière-molaire. 

Fig. 3. — Maxillaire gauche d'un individu adulte représenté sur le côté 
externe ; comme dans le jeune âge, on voit le bord supérieur du maxillaire 
qui est arrondi et n'est pas disposé pour être recouvert par l'inter-maxil- 
laire et le nasal; s. o. trous sous-orbitaires; 'ip., Sp. alvéoles des deux 
premières prémolaires; Ap. dernière prémolaire; la., 2a. deux arrière- 
molaires. 

Fig. 4. — Maxillaire gauche d'un autre individu adulte; il n'y a qu'un 
rudiment de la première prémolaire '(bomologiquement la seconde) 2 ja. au 
lieu que dans la pièce de la figure 3, la dent îlp. devait être bien développée; 
Sp., ip. prémolaires; 1 a. arrière-molaire. 



82 FOSSILES QUATERNAIRES. 

Fig. 5. — Même pièce vue en dessous; mômes lettres. E. crête antérieure 
du denticule externe du premier lobe ; e. crête antérieure du denticule 
externe du second lobe; M. m, denticules placés sur le bord interne. 

Fig. 6. — Mandibule droite vue sur la face externe; il n'y a pas de trace de 
première prémolaire; Sp. et Ap. prémolaires; 1 «.première arrière-molaire. 

Fig'. 7. — Partie inférieure d'humérus gauche qui a été brisé sans doute 
pour en retirer la moelle, comme presque tous les os longs des stations 
humaines ; ép. saillie très forte de l'épicondyle. 

Fig. 8. — Torse droit vu sur la lace antérieure; cal. calcanéum; as. 
astragale; c. se. cubo-scaphoïde ; 3c. troisième cunéiforme. 

Planche XV. 

Les figures sont de grandeur naturelle. 

Fig. 1. — Partie d'une patte de derrière gauche d'un saïga fossile de 
Rochebertier trouvée par M. de Maret; elle est vue sur la face antérieure : 
mt. métatarse; r. rainure profonde qui sépare le troisième métatarsien S m. 
du quatrième A m.; t. trou antérieur; ]9. preinière phalange externe. 

Fig. 2. — Portion d'une patte de derrière gauche de Capra ibex actuelle, 
vue sur la face antérieure; mêmes lettres que dans la figure précédente; 
cette patte se distingue par ses formes plus trapues et l'absence de rainure 
entre le troisième et le quatrième métatarsien. 

Fig. 3. — Portion d'une patte de derrière gauche de Rupicapra europœa 
des Alpes vue sur la face antérieure ; mêmes lettres que dans les figures pré- 
cédentes; le canon se distingue de celui du saïga par son élargissement dans 
la région où sont les poulies digitales et par la dépression très faible qui 
marque l'union du troisième et du quatrième métatarsien. 

Fig. A. — Métatarse de la figure 1 vu par derrière pour montrer les cou- 
pures c. qui semblent n'avoir pu être faites que par l'homme. 

Fig. 5. — Portion inférieure de métacarpe d'un saïga trouvé à Roche- 
bertier par M. de Maret; cet os est vu sur la face antérieure; t. trou anté- 
rieur placé très bas ; f. fente entre les poulies digitales. 

Fig. 6. — Première phalange d'un pied de devant de saïga. Rochebertier. 

Fig. 7. — Seconde phalange d'un saïga. Rochebertier. 



SAÏGAS DE ROCHEBERTIER. 



PL, XII. 




Qievilles de cornes et dents de Saïga tartane a. 



Grandeur naitirelle . 



saïgas de rochebertie?.. 



PL.XITÎ. 




Eig.i, Cervus megaceros _Hd.2,o, Cervus taraiidus._Fig. 4,5. Capra itex. 
Rg. 6,7. Saïga tartarica._7id, 6.9. Rupicapra europœa. 



La tidure 1 est aux-l- àe drandeur ; les âiili-es sor.t de prancleur naturelle . 
D O o 



saïgas de rochebertier 



PL. XIV. 




Grandeur nalurelle . 



saïgas de rochebertier 



PL . XV. 



F.g. 1. 





Fïff. 3 



mt 



4- m , 



J m 



4 m. 





Fid. s. 





Dehhaje del. Iinp.3ecq^uet,Pà~s 

Fig. 1,4,5, 6, r. Saïga tartan ca._Hg. 2. Capra il)ex._F^, j, Rupicapra europœa. 



Grandeur naturelle . 



TROISIÈME FASCICULE 



L'ELASMOTHERIUM 



MATÉRIAUX 



POU II 

L'HISlOIRIi m nm OMTlRiMRIS 

Albert GAUDRY 

Membre de l'Institut, professeur au Muséum d'histoire nalarcllc 
ET 

Marcellin BOULE 

Agrégé des sciences iialurellcs 



TROISIÈME FASCICULE 



PARIS 

LIBRAIRIE F. SAVY 

77, nOL'LEVARD S A I N T-G E n M A I N , 77 

■ 1888 



L'ELASMOTHERILM 



PAR 

Albert GAUDRY & Marcelliii BOULE 



Un des résultais des phénomènes qui ont caractérisé une 
partie de l'Europe pendant réi)oque quaternaire a été la des- 
truction des forêts. Les moraines de fond des glaciers qui 
descendaient de la Scandinavie ont formé des accumulations 
de limons, de sables, de blocs erratiques arrachés à des 
régions glacées, sans végétation et, par là même, sans humus. 
Klles ont constitué un manteau continu sur une partie de la 
Russie et de l'Allemagne; ce manteau est un linceul de mort : 
encore aujourd'hui, les cultivateurs ont beaucoup de peine 
pour rendre productives des campagnes où la terre végétale 
est devenue très rare. Là même où il n'y a pas eu de coulées 
de glaciers avec des moraines de fond amenant des accumu- 
lations de roches stériles, le froid seul a })u détruire la végé- 
tation forestière; il s'est produit sans doute le même fait qui 
a lieu actuellement dans les Toundras de Sibérie où le sol 



84 l'elasmotherium. 

reste gelé à ([uelque profondeur, même en été, et présente des 
alternances de couches de glace et de sable, de telle sorte 
({u'aussitôt que les arbustes veulent grandir, leurs racines ren- 
contrent la glace, la mort arrive. Le règne des herbages a 
dù succéder à celui des forêts. 

Il est intéressant d'étudier comment les animaux qui ont 
vécu au milieu des forêts se sont modifiés pour s'accommoder 
au régime des simples herbages. Un des meilleurs sujets que 
Ton puisse avoir pour cette étude est V Elasmotlierium. 

Les débris fossiles de V Elasmotherium, aussi bien que ceux 
(lu Dinotherium, on{ donné lieu aux interprétations les plus 
diverses et ont mis en jeu la sagacité des naturalistes les plus 
habiles. 

Le genre a été établi par Fischer de Waldheiin (1), d'après 
une mâchoire (ju'il décrivit sous le nom Elasmotherium 
Hibiricum. Le savant russe déclara que l'animal auquel avait 
a})partenu cette mâchoire devait avoir des affinités avec les 
éléphants, les rhinocéros et même les édentés. 

Guvier (2) a également décrit et figuré ce débris et a pré- 
senté V Elasmotherium ç^ommo. un intermédiaire entre les rhi- 
nocéros et les chevaux. 

Dans son Ostéographie, Blainville l'a placé à côté des 
édentés. 

Sans en avoir fait une étude spéciale, Pictet (3), dont l'esprit 
était si ingénieux, a su deviner, mieux qu'aucun autre natu- 
raliste, le vrai caractère de Y Elasmotlierium. Il l'a défini, 
d'un seul trait, un animal voisin des rhinocéros, mais « plus 
essentiellement herbivore ». 

(1) Mémoires de la Société des naturalistes de Moscou, "1" volume, 1809. 

(2) Recherches sur les ossements fossiles, i' édition, t. III, p. 187. 

(3) Traité de paléontolugie, 2= édition, t. I, p. 300, 185-3. 



L'tLASMOTIIEHlUM. 85 

Dans la collection du Gall, acquise par le iMuséuin, on 
trouva la moitié postérieure d'un crâne c|ui était indiquée 
comme provenant des bords du Rhin. Kaup(l) et Laurillard 
reconnurent que cette curieuse pièce appartenait à VElasmo- 
fherium et crurent que cet animal pouvait être un proche 
parent du Dinotherium. 

Pourtant, dans ses Nouvelles éludes sur les Rhinocéros 
fossiles (2), Duvernoy décrivit soigneusement Tarrière-crâne 
de la collection du D' Gall, lit ressortir sa ressemblance avec 
celui des rhinocéros et lui imposa le nom de Stereoceros 
Gain. 

Enfin, Henri Milne-Edwards (3), reprenant l'étude de la 
pièce de Gall, a pensé que le Stereoceros n'appartient pas à 
la famille des rhinocéros, mais que c'était un animal aquatique, 
probablement marin. 

Ces divergences entre les opinions des hommes les plus 
expérimentés, s'expliquent par l'insuffisance des documents 
({u'ils ont eus en leur possession. 

En 1879, Brandt a consacré un mémoire (4) à la description 
d'un crâne complet envoyé à l'Académie impériale de Saint- 
Pétersbourg. Depuis, de nouvelles pièces, notamment un crâne 
et plusieurs os des membres, ont été adressées à l'Institut des 
mines de l'Empire russe où l'un de nous a pu les étudier. 
M. de Moller a bien voulu donner des moulages de ces pièces 
au Muséum de Paris. En outre, M. Ossoskoff a fait présent au 
même établissement d'une moitié de crâne récemment trouvée 

(1) Ncucs Jahrbuch fiir Minéralogie, Geognosie und Petrefactenkunde von Leonhanl 
und Bi onn, 1841, p. 241. 

(2) Archives du Muséum d'histoire naturelle, t. VU, 1854. 

(3) Observations sur le Stéréocère de Gall {Annales des sciences naturelles, zoologie 
et paléontologie, 5« série, t. \, 18ij8). 

(l) Miltheilungen iiber die Gattung Elasmotherium , bcsonders den Schàdelbau 
derselbcn {Mémoires de l'Académie de Saint-Pétersbourg, t. XXVI, 1879). 



86 LELASMOTHEniUM. 

à Samara, sur les bords du Volga. Cette pièce ressemble à celle 
décrite par Duvernoy sous le nom de Stereoceros Galli. 

Avec tous ces débris, il est possible d'avoir sur V Elo smothe- 
rium des idées plus précises. Dans cet ouvrage (pages 41, 42 
et 79), l'un de nous a dit que le Rhinocéros tichorhinus semble 
représenter un rhinocéros tertiaire dont la dentition a été 
modifiée pour s'adapter au régime herbivore. Nous ajoutons 
que V Elasmothcrium peut être regardé comme une modifi- 
cation exagérée dans ce sens du type rhinocéros. 



CRANE 



Brandt, dans le travail cité plus haut, a fait ressortir les 
ressemblances qui existent entre la tête de VElasmotherium 
et celle du Rhinocéros tichorhinus. Le savant auteur russe a 
pensé que VElasmotherium fait bien partie du groupe des 
rhinocéros; mais, comme il ne connaissait pas les membres et 
qu'il était frappé de l'aspect des dents, à fût allongé et émail 
très plissé, il a reproduit à peu près l'idée de Cuvier qui sup- 
posait que VElasmotherium était un animal intermédiaire 
entre les rhinocéros et les chevaux (1). 

Le crâne de VElasmotherium (pl. XVI, fig. 1) diffère de 
celui du Rhinocéros tichorhinus par de plus grandes dimen- 
sions. L'exemplaire du Muséum mesure, en effet, 98 centi- 

(1) Pour Brandt, VEtasmotherium constitue à lui seul la sous-famille des Hippodon- 
tinœ. 



l'klasmotherilm. 



87 



mètres de l'extrémité nasale à la crête occipitale. Il en diffère 
également par l'exagération de sa bosse frontale qui suj)- 
portait une corne puissante. Cette énorme protubérance {fr.), 
rugueuse, ridée, provient simplement du grand développement 
des sinus des os frontaux. Les pariétaux n'y ont aucune part 
et se trouventde lasorte repoussés en arrière et très réduits (1). 
La suture fronto-pariétale , souvent difficile à voir sur les 
crânes de rhinocéros, s'observe sur la pièce donnée au Muséum 
par M. Ossoskoff et que nous avons fait représenter figure 2, 
planche XVL C'est un arrière-crâne qui a été brisé, comme 
celui de Gall, suivant une ligne transversale passant un peu 
au-dessus de la suture fronto-pariétale; cette cassure })ermet 
de se rendre compte de la boursouflure exagérée des sinus 
frontaux {s. fr.). 

Les narines étaient séparées, comme chez le Rhinocéros 
tichorhinus, par une cloison nasale complètement ossifiée. 
Un accident de fossilisation a détruit cette cloison sur le 
crâne que nous avons figuré. Mais elle est parfaitement 
développée sur l'exemplaire étudié par Brandt. Par contre, 
l'extrémité de l'intermaxillaire {i. m.) est ici beaucoup mieux 
conservée et sa forme a suggéré à M. de Moller l'idée que 
VElasmotherium avait pu avoir une trompe analogue à celle 
du tapir. La séparation complète des narines sur toute leur 
longueur nous semble rendre difficile d'accepter la supposi- 
tion de l'éminent paléontologiste de Saint-Pétersbourg. Nous 
trouvons préférable d'admettre un appendice labial de pré- 

(l) Henri Milne-Edwards, qui n'a eu à sa disposition que l'arrière-cràne de Gall, s'est 
basé sur la compacité et l'épaisseur des os pour établir une dilTé renée avec la tète des 
rhinocéros où tous les os crâniens sont creusés de grandes cellules. Si cet illustre zoolo- 
giste avait pu étudier la bosse frontale, il eût été probablement le premier à ue voir 
dans celte disposition que l'effet d'une sorte de balancement organique qui rendait la 
tète moins lourde en amenant le centre de gravité plus près des condyles. 



88 L"ELAS.\IOTirEniUM. 

hension qui aurait eu, en l'exagérant, la disposition offerte 
par les rhinocéros actuels. 

Quoi qu'il en soit, la présence d'une cloison osseuse com- 
plète est d'autant plus curieuse que les nasaux, au lieu d'être 
élargis et rugueux pour supporter une deuxième corne comme 
chez le Rhinocéros tichorhimis, sont étroits, lisses et donnent 
au museau une forme très effilée. Par ce caractère, et aussi 
par la forme de l'arcade zygoniatique, V Elasmotherium se 
rapproche plus du Rhinocéros Merckii que du Rhinocéros 
lichorhinus. 

L'ostéologie de la partie postérieure du crâne présente, ainsi 
que Duvernoy l'a le premier démontré, tous les caractères 
})articuliers aux rhinocéros. 

Henri Milne-Edwards a fait exécuter le moulage intracrà- 
nien de la pièce de Gall ; nous l'avons fait dessiner, figure .S 
de la planche XYI. Malgré certains caractères ditféi entiels, 
la figure générale du cerveau se rapproche plus de celle des 
rhinocéros que d'aucun autre mammifère. Dans les deux 
genres, les lohes olfactifs (/. o.) sont très développés ; les 
hémisphères {h.) présentent de nombreuses circonvolutions; 
le cervelet (c.) est très réduit, bas, étroit. 



DENTITION 



La planche XVIl montre, figures l et 8, les molaires supé- 
rieures et les molaires inférieures gauches d'un Rhinocéros 
lichorhinus provenant d'Abbeville; figures 2 et 4, les molaires 



l'elasmotmehium. 80 

supérieures et les molaires inférieures gauches de VElasmo- 
therium, d'après Brandt. 

C'est le système dentaire qui a l'ait hésiter les auteurs à 
déclarer que VElasmotheriutii était une véritable forme de 
rhinocéros. Ce système est caractérisé d'abord par l'absence 
d'incisives. Mais Brandt a montré qu'il y avait aux inter- 
maxillaires, et aussi à la mâchoire inférieure, les rudiments 
de deux incisives de première dentition représentés par deux 
alvéoles. Ce fait se retrouve chez le Rhinocéros tichorhinus 
et chez le Rhinocéros simus actuel, qui est le plus proche 
voisin du tichorhinus. 

Les molaires sont au nombre de vingt ; cinq de chaque cùté 
et à chaque mâchoire au lieu de sept que présentent norma- 
lement les rhinocéros. Cette différence semble d'une grande 
valeur à première vue. Cependant elle peut indiquer, non pas 
une filiation distincte, mais simplement une adaptation à un 
régime plus herbivore. Les prémolaires, dents essentiellement 
destinées à couper, })erdent de leur importance chez les ani- 
maux dont les dents doivent surtout broyer ou triturer des 
herbes ; les arrière-molaires prennent plus de place en même 
temps que les prémolaires en prennent moins. Déjà, chez cer- 
tains rhinocéros du miocène supérieur, la première prémolaire 
de seconde dentition disparaît de bonne heure {Rh. pacJiij- 
gnathus). Il en est de même chez le Rhinocéros tichorhinus 
où (( on ne connaît, dit Duvernoy, que les six dernières 
molaires des deux mâchoires, la première étant sans doute 
très caduque ». Le Muséum de Lyon possède pourtant une 
mâchoire supérieure d'un jeane Rhinocéros tichorhinus où la 
l»remière prémolaire est encore en place. Mais cette caducité 
précoce est bien semblable à ce que l'on observe chez VElas- 
motheriuni où Brandt a signalé, en avant des prémolaires, 

i:i — 1888 



QO l'elas.motuep.iu.m. 

tant îi la mâchoire supérieure qu'à la mâchoire inférieure, une 
cavité représentant l'alvéole rudimentaire d'une dent disparue 
(lig-. 4, 2 p.) ; (-ela élève à six le nombre des molaires de 
chaque coté et constitue, sous ce rapport, une transition re- 
marquable. 

La forme, comme le nombre des molaires paraît, à pre- 
mière vue, éloigner beaucoup V Elasmothcriuni des rhinocéros 
ordinaires et l'on conçoit que cela ait beaucoup frappé les natu- 
ralistes. Là aussi cependant, nous sommes portés à croire 
qu'il va une différence, non de filiation, mais d'adaptation à 
des ('onditions nouvelles d'existence. Le fût des dents s'est 
allongé en même temps que, le régime devenant plus herbi- 
voi'e, elles étaient plus exposées à s'user ; leur croissance 
n'était pas indéfinie comme celle des incisives des rongeurs, 
mais elle devait durer aussi longtemps que (-elle des chevaux 
et des éléphants. En même temps que les dents s'allongeaient 
en hauteur, leurs croissants se contournaient et se plissaient un 
peu comme ceux A' Hipparion, s'enveloppant également de 
cément. Ainsi, elles ont formé une râpe merveilleuse par les 
alternances des parties dures et tendres de leur surface tritu- 
rante aussi bien que par leur durée. 

Si nous étudions la couronne de plus près, en faisant pour 
le moment abstraction des plis de l'émail, nous remarquerons 
pour les lobes la disposition qu'on observe chez tous les rhino- 
céros. Comparons, par exemple, la sixième molaire supérieure 
i^auche du Rhinocéros tichorh'uius avec la molaire corres- 
pondante, du même coté, de V Ela.smothcrium (pl. XYII, 
fig. 1 et 2, "-la.). Dans l'une et l'autre, deux lobes transverses 
(M., E. et m., i.), s'unissent extérieurement pour constituer 
une muraille longitudinale E., e. 

Chez VElasmotherium comme chez la plupart des r-hino- 



l'elasmotheril'm. m 

céros, la dernière molaire (lig. I et -1, 'Sa.) afïecîtait de inème 
la disposition en Y. 

L'analogie du plan de structure des molaires inférieures est 
encore i)lus évidente. Dans les deux cas, ces dents sont consti- 
tuées par deux lobes disposés en croissant, le lobe postérieur 
(pl. XVII, fig. 3 et 4, e., /.) moins développé, venant s'ap- 
puyer contre le lobe antérieur E., I. Nous avons pris comme 
ternies de comparaison les deux dernières arrière-molaires 
parce que, sur Téchantillon de Rh. tichorhinus que nous 
avons iiguré, les premières sont très usées. Sur des mâchoires 
d'individus plus jeunes, toutes les molaires présentent la 
même disposition, bien semblable à la ligure 4 qui montre 
inie mâchoire inférieure (V Elasmotherium. 

Quoique la comparaison de la tête et des dents de VElasmo- 
thcrium avec celle des autres rhinocéridés impose à notre 
esprit l'idée de la transformation des genres, nous devons 
avouer que nous sommes incapables de manjuer la lilialion 
directe de \ Elasmotheriiim ; s'il ressemble à certains égards 
au Rhiiioceros tichorhinus, il en ditlere à d'autres points de 
vue. Ces deux animaux ont été contemporains ; l'un ne sau- 
rait être le père de l'autre ; ce sont plutôt des cousins. Pour 
trouver les parents les plus proches de VElasmotherium, il 
faudrait peut-être remonter jusqu'à l'âge éo-miocène des 
Phosphorites du Quercy. Là, nous voyons un rhinocéridé 
appelé le Cadurcotherium (i) qui a manifesté ([uelque ten- 
dance vers la forme herbivore de VElasmotherium ; on voit 

(1) I,a forme Cadurcotherium n'a pas été retrouvée en Europe après le miocène infé- 
rieur; cela provient peut-être de ce qu'elle s'est transformée et aussi de ce qu'elle a 
émigré en Amérique; car, ainsi que M. Filliol l'a fait remarquer, ses dents ressemblent 
à celles de VHomalodontotkerium de M. Flower. Dans le catalogue des fossiles du Bri- 
tisli Muséum, M. Lydekker place ces deux genres en avant de VElasmotherium. 



02 LKLASMOTHERIUM. 

dans notre planche XVI, figures ^4 et 5, les dessins de deux 
arrière-molaires de cet animal. Ces dents ont un fût très 
élevé; elles sont enduites de cément; le lobe postérieur des 
dents supérieures est moins développé que le lobe antérieur. 
<»n y retrouve même le crochet d'émail ((t.) de VElasmothe- 
riiim et du Rhinocéros tichorhinus. 

iXous avons figuré dans la planche XVIII quelques schémas 
de dents de pachydermes (1) pour faire comprendre la manière 
dont nous imaginons que les choses se sont passées. x\ous 
supposons qu'un des ancêtres a pu avoir, comme dans le 
Lophiodon (fig. I ), deux lobes à peu près égaux formant des 
collines épaisses, propres à couper, en les broyant, des végé- 
taux coriaces. Ensuite les collines se sont un peu élevées, lais- 
sant entre elles un profond vallon (^fig. 2. Acerotherium lema- 
ncnse ) . Les collines se sont amincies et ont eu des prolongements 
(fig. 3. Rhinocéros pachygnathus ou R. Merckii) ; puis elles 
se sont encore plus élevées, se sont courbées et revêtues en 
partie de cément (fig. 4. Rhinocéros tichorhinus); enfin, non 
seulement elles se sont courbées, mais aussi elles se sont plis- 
sées, et, en même temps, elles ont atteint leur maximum de 
hauteur et se sont remplies de cément (fig. 5. Elasmotherium). 

Nous avons placé en regard des figures précédentes, des 
schémas de dents de proboscidiens et de ruminants pour mon- 
trer que les changements qui ont donné lieu à la forme herbi- 
vore de V Elasniotherium se sont produits en même temps dans 
d'autres ordres. Nous supposons qu'il y a eu d'abord des pro- 
boscidiens à collines épaisses faites pour couper, en les broyant, 
des végétaux coriaces (fig. 6. Mustodon tapiroides). Après, 

(1) Nous avons dessiné, à côté de la couronne, une coupe longitudinale théorique des 
molaires supérieures gauche^. Dans tons ces sclié.nas, les lettres E, M, I désignent les 
denlicules externe, médian et interne du lobe antérieur et les l'cltres e, m, i, les mêmes 
denticuies du lolie postérieur. 



i.'elasmotiieuiim. 

seront venus des animaux dont les collines se sont multipliées, 
sont devenues plus étroites et ont eu un peu de cément (Masto- 
don elephantoides ou Elephas Cliflii). Puis, le cément a aug- 
menté (fig. 7. Elephas insignis). Ensuite les collines se sont 
élevées, rétrécies (tig. (S. Elephas planifrons). Les collines se 
sont encore plus élevées (fig. 9. Elephas antiquus). Enfin, 
VElephas primigenius (fig. 10), contemporain de VElasmo- 
therium, nous montre le type le plus parfait de la dentition 
herbivore dans les proboscidiens. Il est aux autres éléphants 
ce que VElasmotheriam est aux autres rhinocéridés. Outre 
que le nombre des lamelles a beaucoui) augmenté et que la 
hauteur de la dent est devenue encore plus grande, l'émail lui- 
même présente des plis nombreux; la disposition en râpe se 
trouve admirablement réalisée. Ces caractères nous ont paru 
encore exagérés sur une molaire que le Muséum a reçue 
dernièrement de Sibérie. 

Nous pouvons faire sur les ruminants des remarques analo- 
gues. Comparons ([uelques molaires supérieures de divers 
genres échelonnés régulièrement dans les temps géologiques et 
considérons d'abord le Xiphodon gracilis (lig. 11 ) des lignites 
éocènes de la Débruge (l). La colonnette, peu développée, 
est très bien séparée du denticule médian; les denticules 
externes se présentent sous la forme de croissants réguliers; 
la dent est basse, complètement dépourvue de cément ; il en 
est de même chez le Tragocerus amaltheus (fig. 12) du mio- 
cène supérieur de Pikermi ; le fût est pourtant plus élevé et les 
denticules externes commencent à présenter vers leur milieu 
un renflement qui fait penser aux denticules des dents de la 

(1) Nous avons rcprésenlé les deiUs vues sur leur couronne et sur leur face inlerne ei 
nous avons liguré théoriquement une coupe transversale du premier lobe, afin de mon- 
trer l'évolution de la colonnette que l'on peut regarder comme représentant le denti- 
cule interne de ce premier lobe. 



94 l'elasmotherium. 

forme bœuf. Il y a néanmoins, entre les molaires du Tragocents 
et celles du Bison priscus (fig. 15), des ditférences considé- 
rables : chez le Tragocerus, elles sont courtes, coupantes, la 
colonnette supplémentaire est complètement séparée du corps 
de la dent, et comme elle n'arrive pas à la hauteur de la cou- 
ronne, elle ne paraît jouer aucun nMe physiologique ; il n'y a 
pas encore de cément ; ce sont de véritables dents d'antilope. 
Mais nous avons tous les intermédiaires. Il est difficile de dire, 
par exemple, si le Palœoryx boodon (lig. 13) est une antilope 
ou un bœuf, car la hauteur de la dent s'est accrue; la colon- 
nette, bien que distincte encore du corps de la dent, arrive 
presque jusqu'à la couronne et augmente ainsi la surface de tri- 
turation. En même temps, la dilatation des lobes externes s'ac- 
centue davantage, ce qui produit, à la surface externe de la 
muraille, une convexité plus considérable de l'émail. Pour- 
tant, certains caractères de dent d'antilope persistent encore; 
ce sont l'existence très nette d'un collet et la prédominance 
sur les côtes médianes des plis de l'émail, en avant et en arrière 
de chaque denticule. Le contraire arrive chez les bœufs, 
comme on peut le voir dans la figure 14 qui représente une 
arrière-molaire de Bos elatus. Ici la colonnette est soudée dans 
toute sa hauteur au corps de la dent, et la dépression interlo- 
baire est comblée avec du cément. Le Bison priscus du qua- 
ternaire (fig. 15) ne diffère du précédent que par une hauteur 
encore plus considérable du fût et par des plissements secon- 
daires de l'émail qui, avec la section de la colonnette, consti- 
tuent un appareil parfait de trituration. 

On trouvera, dans les admirables travaux de Rutimeyer sur 
les ruminants et particulièrement sur les bœufs, des remarques 
du plus haut intérêt sur la forme et l'évolution des dents de ces 
animaux. 



l'elasmotiierium. 95 

Edouard LarteL(l ) avait observé que les ruminants tertiaires 
avaient des dents beaucoup moins hautes que ceux du quater- 
naire. Les conséquences que cet éminent paléontologiste en a 
tirées sont très différentes des nôtres, car il croyait pouvoir y 
reconnaître la preuve que les animaux rapprochés de notre 
époque ont eu une vie plus longue que les animaux tertiaires, 
tandis que pour nous, jusqu'à présent, nous ne voyons pas 
pourquoi on pourrait supposer que les mammifères quater- 
naires et actuels ont eu une plus grande longévité que leurs 
prédécesseurs. Comme on vient tle le voir, nous pensons que si 
le fut des dents s'est allongé, c'est par suite des cliangements 
de régime; il fallait que les dents fussent d'autant plus longues 
qu'elles étaient exposées à s'user plus rapidement. 

En regardant notre planche XVIII, nos lecteurs pourront 
faire cette remarque assez curieuse que les divers genres des 
trois ordres que nous venons de considérer ont eu une évolu- 
tion parallèle, car les rangées horizontales de croquis se rappor- 
tent à des animaux qui ont vécu à peu près à la même époque 
et se trouvent à des stades analogues au point de vue des 
transformations dentaires. Les personnes disposées à croire 
que l'idée d'évolution a quelque fondement pouvaient, d'ail- 
leurs, prévoir ce résultat. 



OS DES MEMBRES 

Jusqu'à présent, à notre connaissance, on n'a rien publié 

(1) Édouard Larlet, De quelques cas de progression organique vérifiables dans la 
succession des temps géologiques sur des mimmifcres de même famille et de même 
genre {Comptes rendus, t. LXVI, p. 1119). 



136 l'elasmotiierium. 

sur les os des membres de VElasmotherinm. Leur étude con- 
firme ce que nous a appris l'étude du crâne et des dents. 

Nous les avons figurés dans la planche XIX. On voit, figure 1 , 
l'omoplate droite; figure 2, le radius droit en connexion avec 
le cubitus du même côté; ligure 8, les deuxième, troisième et 
quatrième métacarpiens droits; figure 4, le tibia gauche; 
figures 5 et 6, le calcanéum et l'astragale du même côté. 

Bien que les bords de l'omoplate ne soient pas intacts, on 
reconnaît tout de suite la foime générale qu'affecte cet os chez 
les rhinocéros vivants. Sa longueur, prise de l'extrémité du 
bord supérieur au milieu de la cavité glénoïde, mesure 0"',54. 
Sa plus grande largeur est de 0'",33; sa plus petite largeur, 
au-dessus de l'apophyse coracoïde, est de 0™,i75. Cette apo- 
physe coracoïde (fig. 1 , cor.) est représentée par une grosse 
tubérosité. La crête, très prononcée, devait fournir une 
apophyse saillante déjetée de côté, mais qui a été brisée 
(fig. I, ap.). Tous ces caractères rapprochent l'omoplate de 
VElasmotherinm de celle de l' Unicorne de l'Inde, bien difterente 
de l'omoplate du Rhinocéros bicorne du Gap. Ce même os a, 
chez le Rhinocéros tichorhinas, une forme étroite, allongée, 
qui le distingue de l'exemplaire que nous étudions. 

Le radius et le cubitus (pl. XIX, lig. 2) ne diffèrent des 
mêmes os des rhinocéros que par des caractères de peu d'im- 
portance. Le radius (R) est à peu près complet. Sa longueur, 
prise sur la ligne médiane de la face antérieure, est de 0"',475. 
Le diamètre du corps de l'os mesuré vers son milieu est 
de 0'",80; on observe dans sa région distale, pour le passage 
des extenseurs des doigts, un enfoncement plus prononcé que 
chez les formes vivantes de rhinocéros. 

Le cubitus (C) est assez mal conservé. La plus grande 
partie de l'olécrâne et l'apophyse styloïde ont été brisées, de 



l'elasmotiierium. 07 

sorte ([Ll'il est difficile de donner des mesures i)récises. La 
crête est très prononcée, rugueuse. 

Les métacarpiens (fig. 3) sont à la fois longs et épais. Le 
métacarpien médian mesure 0'",260 sur la ligne médiane de 
sa face antérieure, 0'",067 de largeur vers son milieu et 0'",0S0 
de largeur à son extrémité inférieure. Nous avons comparé 
ces dimensions avec celles des métacarpiens des rhinocéros 
tertiaires, du Rhinocéros tichorhinus et des rhinocéros 
actuels. Pour tenir compte de ce fait que V ElasmotJierium 
était un animal bien plus gros que ses parents, nous avons 
d'abord cherché les rapports qui existent entre les os longs 
que nous possédons et ces mêmes os appartenant aux rhino- 
céros vivants ou fossiles. Les os de V Elasmotherium ont, en 
moyenne, un tiers en plus de longueur que ceux des divers 
rhinocéros, tandis que les métacarpiens ont une moitié en 
plus. Ainsi, chez V Elasmotherium, l'accroissement en lon- 
gueur des métacarpiens paraît avoir été relativement plus 
considérable que l'accroissement des autres membres. L'Uni- 
corne de l'Inde est la seule espèce, parmi celles que nous 
avons examinées, dont la longueur des métacarpiens soit à 
peu près aussi- grande, relativement, que chez V Elasmothe- 
rium; nous avons déjà constaté la ressemblance de configu- 
ration de l'omoplate de ces deux animaux. 

L'ensemble des rapports que nous avons calculés pour la lon- 
gueur de la tête et la longueur des os des membres montre 
que, comme forme générale, c'est du Rhinocéros simus «[ue 
V Elasmotherium se rapproche le plus; mais il s'en écarte par - 
un plus grand développement des métacarpiens. 

Si l'on considère que le Rhinocéros simus est le plus her- 
bivore des rhinocéros actuels, cette comparaison offrira un 
certain intérêt. Elle nous porte à croire que V Elasmotherium, 

li ~ 1888 



98 L'ELASMOTHEniUM. 

malgré l'ampleur massive de ses formes, avait une allure moins 
lourde que celle de son contemporain, le fi/iinoceros tidio- 
rhinus. 

Il nous a semblé que les métacarpiens avaient, pour les os 
du carpe, des facettes articulaires plus élargies que chez les 
rhinocéros, bien que disposées absolument de la même ma- 
nière. Nous les avons figurées vues de face. En f. 5/>«., c'est-à- 
dire sur le côté du quatrième métacarpien et un peu posté- 
rieurement, on voit la facette d'articulation pour le rudiment 
du cinquième doigt. 

Le tibia (pl. XIX, fig. 4) est à peu près complet. Pourtant 
une partie de la face externe de l'extrémité inférieure a été 
brisée par la fossilisation et i)eut-ôtre aussi une partie de la 
malléole interne. Sa longueur, prise sur la ligne médiane de 
la face antérieure, est de 0"',465; la largeur de son épiphyse 
supérieure est de 0'",170; le diamètre minimum du corps est 
de O^jOSO. La crête (cr.) très prononcée aboutit à latubérosité 
externe (t.e.) qui forme une saillie excessivement accusée. On 
remarque, et ceci s'applique àtousles os longs, une plus grande 
largeur des épiphyses comparée à la largeur du corps, et un 
fort développement des apophyses d'insertion des muscles. 

Le calcanéum (fig. 5) a 0'",i70 de longueur maximum. La 
plus grande largeur de la facette astragalienne est de 0'",i20. 
Sa forme générale présente beaucoup de ressemblance avec 
celle d'un calcanéum de Rhinocéros tichorhinus provenant 
du Haut-Montreuil ; mais l'apophyse talonnière {a. t.) est beau- 
coup plus développée, sa surface est plus rugueuse. La facette 
astragalienne {as.) est très élargie. 

L'astragale (fig. 6) n'offre que des différences de grandeur. 
On pourrait, à la rigueur, noter une plus grande profondeur 
et une plus grande obliquité dans la gorge de la pouhe, carac- 



l'elasmotherium. 01) 

lères qui s'accorderaient bien avec la longueur relativement 
grande des métatarsiens. Mais peut-tHre ceux-ci n'étaient-ils 
pas ajissi développés que les métacarpiens. 



CONCLUSION 



Comme on vient de le voir, l'étude des membres de VElas- 
motherium confirme la pensée que ce genre a été un bien 
proche parent des rhinocéros. 

Cette esquisse nous semble offrir un exemple des harmonies 
de la nature dans les temps passés; car elle montre comment 
le monde animal s'est plié aux changements du monde végétal. 
De même que les proboscidiens et les ruminants, les pachy- 
dermes nous présentent un type qui a pris de nouvelles 
formes de dentition, lorsqu'il a dù passer du régime de la 
végétation forestière au régime des simples herbages. Les 
molaires plus ou moins coupantes sont devenues triturantes; 
l'émail s'est développé afin de donner une plus grande sur- 
face de trituration ; en même temps, les creux se sont garnis 
de cément et l'ensemble a produit une râpe aussi parfaite que 
possible. Mais ces modifications n'ont pas enlevé aux organes 
le cachet de leur origine et le paléontologiste peut suivre leurs 
enchaînements à travers les âges. 



100 



l'elasmotheiuum. 



EXPLICATION DES FIGURES 
Planche XVI. 

Les figures i, 2 et 3 sont au cinquième de la grandeur naturelle; 
les figures 4 et 5 sont aux trois quarts. 

Fig. 1. — Crâne de VElasmotherium sibiricum, vu de profil, d'après 
un moulage donné au Muséum par M. de MôUer : oc, occipital; c. o., con- 
dyle occipital; par., pariétal; tem., temporal; p. gl., apophyse post- 
glénoïde; f. l., fosse temporale; zyg., arcade /ygomatique; y., jugal ; 
/■)'., frontal; or., orbite ; n., nasal; s. o., trou sous-orbitaire ; i. m., inter- 
niaxillaire; m., maxillaire; la., alvéole de la première arrière-molaire; 
2fl., alvéole delà deuxième arrière-molaire; Sa., alvéole de la troisième 
arrière-molaire. La partie inférieure du maxillaire et la cloison osseuse du 
nez ont été détruites par suite d'un accident de fossilisation. 

Fig, 2. — Arrière-crâne d'Elasrnollierium brisé suivant un plan ver- 
tical passant un peu au-dessus de la suture fronto-pariétale. Cette pièce, 
don de M. Ossoskoffau Muséum de Paris, a été représentée vue en avant : 
cr. 0., crête occipitale; s. fr., sinus frontaux; tem., temporal; gl., apo- 
physe post-glénoïde. 

Fig. 3. — Moulage de l'intérieur du crâne faisant partie de la collec- 
tion de Gall, d'après une pièce exécutée sous la direction d'Henri Milne- 
Edwards, vu en dessus : lo., lobe olfactif droit; h., hémisphère cérébral 
du même côté ; st., empi^eintes des sinus veineux ; c, cervelet; m. a., moelle 
allongée. Collections du Muséum. 

Fig. -4 et 5. — Une molaire supérieure gauche et une molaire inférieure 
dioite, vues sur la couronne, de Cadurcotherium Cayluxi, d'après des 
pièces provenant des phosphorites du Quercy et faisant partie des collec- 
tions du Muséum : 1/., premier lobe; 2/., second lobe; cr., crochet 
d'émail du premier lobe, analogue au crochet des dents de VElasmothe- 
rium; cém., cément; ém., émail; iv., ivoire ou dentine. 



L'EL\3M0THERIU>r. 



101 



Planche XVII. 

Nous avons réuni sur cette planche les mâchoires supérieures gauches et les mâchoires 
inférieures du môme côté du Rhinocéros tichorhinus et de VElasmotlierium ; pour 
faciliter les comparaisons, nous avons désigné par les mêmes lettres les dents et les 
deuticules homologues. 

Fig. 4. — Molaires supéiieuies gauches de Rhinocéros tichorhinus 
vues sur la couronne aux trois cinquièmes de la grandeur naturelle, 
d'après une pièce provenant d'Abbeville (coll. du Muséum): ip., restes de 
l'alvéole de la première prémolaire, caduque de bonne heure; 2/?., 3p., 
4/)., deuxième, troisième et quatrième prémolaires; ia., 2a., iia., pre- 
mière, deuxième et troisième arrière-molaires; E., M., I., denticules 
externe, médian et interne du premier lobe; e., m., i., denticules externe, 
médian et interne du second lobe. Les dents autres que les dernières 
molaires étant très usées, la part qui revient aux divers denticules est 
moins distincte, de sorte qu'elles se prêtent moins bien à la comparaison. 

Fig. 2. — Molaires supérieures gauches d'Elasmotherium vues sur la 
couronne, aux deux cinquièmes environ de la grandeur naturelle, d'après 
Brandt: S p., 4 p., troisième et quatrième prémolaires (les deux premières 
n'existent pas ou sont rudimentaires); 1 a., 2«., oa., première, deuxième 
et troisième arrière-molaires; E.,M., I., denticules externe, médian et 
interne du premier lobe; e. -f- m., denticules externe et médian du second 
lobe réunis ; i., denticule interne du second lobe. 

Fig. 3. — .Molaires inférieures gauches de Rhinocéros tichorhinus vues 
sur la couronne aux trois cinquièmes de la grandeur naturelle, d'aprè> 
une pièce provenant d'Abbeville (coll. du .Muséum) : 2 p., 3 p., 4p., 
deuxième, troisième et quatrième prémolaires; la., 2a., 3a., première, 
deuxième et troisième arrière-molaires; E., I., denticules externe et 
interne du premier lobe; e., i., denticules externe et interne du second 
lobe. 

Fig. 4. — Molaires inférieures gauches d'Elasmolheriiun vues sur la 
couronne, aux deux cinquièmes environ de la grandeur naturelle, d'après 
Brandt :2p., alvéole de la deuxième prémolaire rudimenlaire; 3p., 4p., 
troisième et quatrième prémolaires; la., 2a., 3a., première, deuxième et 



l'elasmotherium. 



troisième arrière-molaires; E., I., denticules externe et interne du premier 
lobe; e., i., denticules externe et interne du second lobe. 



Planche XVIII. 

CeUe planche représente des schémas de dents d'animaux, s'échelonnant régulièrement 
dans la succession des temps tertiaires et quaternaires, et appartenant aux trois ordres 
des pachydermes, des proboscidiens et des ruminants. 

Dans tous ces croquis, le cément est figuré par un pointillé, l'ivoire par des hachures 
obliques et l'émail est laissé en blanc. 

Série des pachydermes. — Les dents sont représentées vues sur leur 
couronne et suivant une coupe longitudinale des deux lobes. 

Fig. 1. — Lophiodon parisiensis àe.V^.ochne; 

Fig. 2. — A ce / o/ZiertMm /mane»se du Miocène inférieur ; 

Fig. 3. — Rhinocéros pacht/gnathiis du Miocène supérieur ou Rhino- 
céros leptorhinus du Pliocène ; 

Fig. 4. — Rhinocéros tichorhinus du Quaternaire ; 

Fig. 5. — Elasmotherium sibiricum du Quaternaire. 

Dans toutes ces figures, désignent le premier et le second lobe; 

E.,M.,I., les denticules externe, médian et interne du premier lobe; 
e., m., i., les denticules externe, médian et interne du second lobe. 

Série des proboscidiens. — Les dents sont représentées suivant une 
coupe longitudinale. 

Fig. 6. — Mastodon tapiroides, du Miocène moyen; 

Fig. 7. — Elephas insignis, des collines Sewaliks (Miocène supérieur); 

Fig. 8. — Elephas planifrons, des collines Sewaliks (Miocène supé- 
rieur) ; 

Fig. 9. — Elephas meridionalis àn Pliocène; 



l'elasmotherium. 
Fig. 10. — Elephas primigenius du Quaternaire. 



103 



Série des ruminants. — Les dents sont représentées vues sur leur cou- 
ronne du côté interne et suivant une coupe qui serait pratiquée à travers le 
premier lobe et la colonnette. 



Fig. 


11. 


— Xiphodon gracilis, de l'Éocène supérieur; 


Fig. 


12. 


— Tragocerus amallheus, du Miocène supérieur; 


Fig. 


13. 


— Palœoryx boodon, du Pliocène moyen; 


Fig. 


U. 


— Bos elatus, du Pliocène supérieur; 


Fig. 


15. 


— Bison prisons, du Quaternaire, 



Dans toutes ces figures, E., M. désignent les denticules externe et médian 
du premier lobe ; I. désigne le denticule interne ou colonnette ; e. désigne le 
denticule externe du second lobe ; ni. -f- i., les denticules médian et interne 
réunis du second lobe. 

Le lecteur remarquera que, dans ces trois séries, à partir de la base, 
l'émail diminue d'épaisseur en même temps qu'augmente la surface de son 
développement, la dent s'accroît en hauteur, le cément apparaît peu à peu ; 
ces trois phénomènes sont corrélatifs. 

Planche XIX. 

Les figures 1, 2 et i sont au septième de la grandeur naturelle; les figures 3, 5 et 6 sont 
au quart; elles ont été faites d'après les moulages envoyés au Muséum, par M. de 
Môller. 

Fig. 1. — Omoplate droite, vue sur la face externe : b. s., bord supé- 
rieur; f. su., fosse sus-épineuse; f. so., fosse sous-épineuse; ép., épine; 
ap., apophyse épineuse; cor., apophyse coracoïde ; c. gl., cavité glénoïde. 

Fig. 2. — Radius en connexion avec le cubitus, vu de trois quarts : 
R., radius; se, partie correspondant au scaphoïde; s. L, partie correspon- 
dant au semi -lunaire; C, cubitus; ol., olécrâne (on a reconstitué son con- 
tour général par un pointillé) ; c. si., cavité sigmoïde ; py., partie corres- 
pondant au pyramidal. 



104 



l'elasmotherium. 



Fig. S. — Métacarpiens vus sur leur l'ace antérieure et sur leur face 
supérieure : ^m., 3jw.,4-m., deuxième, troisième et quatrième métacar- 
piens; tra., facette d'insertion du trapézoïde; g. o., facettes d'insertion du 
grand os; on., facettes d'insertion de l'onciforme; f.om., facette d'inser- 
tion du rudiment du cinquième doigt. 

Fig. 4. — Tibia vu sur la face antérieure ; on a représenté au-dessous 
sa face inférieure : ép., épine; f. c. e., facette condylienne externe; 
f. ci., facette condylienne interne; cr,, crête; m.i., malléole interne; 
f. a., partie s'articulant avec l'astragale. 

Fig. 5. — Calcanéum vu sur sa face antérieure : a. t., apophyse talon- 
nière;as., facette astragalienne; ch., facette du cuboïde. 

Fig. G. ■ — Astragale vu sur sa face antérieure et sur sa face inférieure : 
/t., poulie d'articulation avec le tibia; nav., facette du naviculaire ; 
eu., facette du cuboïde. 



L'ELASMOTHERIUM 



PT, 7VII 



M. E. 




UelaÀaje ls^ 



.-^'ig. let 5. RhiTiocspos tiohorhinus, Cuv. 
e-b 4. ElasmothermiTL siLiPicum, Pisch. 

les ficniPesletS sont aux -g- delà c|T.nat,les fiç'jres ^et? so'nlaux -é-eirTiPOîi. 



I 



L'ELASMOTHERIUM 




JJelahaje del iirr B-'ccnci {?•- Pans 

Elasmothenum sibincuTn, Fisch 



Les figures î,2,4r sont au-y- de la gr nat^ les figures 3.5,6 sontau-f- 



I